• Le lien avec l’inconscient Chronique avril 2026

    La rencontre de deux Inconscients :
    quand l’Inconscient touche l’Inconscient

    « Tu ne peux rejoindre l’inconscient de l’autre que si tu es toi-même dans ton inconscient. »
    Denis Lafontaine

    Cette affirmation révèle une vérité essentielle des approches corporelles. Elle nous dit que la technique, aussi raffinée soit-elle, ne suffit jamais. Ce qui transforme véritablement, c’est la qualité de présence du praticien, sa capacité à suspendre son aspect contrôlant pour accueillir ce qui émerge dans la rencontre. C’est sa capacité à faire fi de soi pour laisser la place entière à la personne qui reçoit.

    Les mouvements fluides et ondulants, c’est bien plus qu’un relâchement musculaire. Ils tissent une continuité, une trame qui invite le receveur à se déposer dans une autre couche de conscience. Mais cette invitation ne porte fruit que si le praticien lui-même habite cette couche.

    Imaginez un instant : vous recevez un massage. Les mains qui vous touchent sont techniquement impeccables. Les pressions sont justes, les transitions sont douces, le rythme est régulier, tout est parfait. Pourtant, quelque chose manque. Vous sentez que le praticien est ailleurs, qu’il suit un protocole, qu’il pense peut-être à sa prochaine séance ou à sa liste d’épicerie. Ses mains font leur travail, mais elles ne vous rencontrent pas vraiment. Son esprit est ailleurs.

    Maintenant, imaginez d’autres mains. Elles ne sont peut-être pas plus habiles techniquement, mais quelque chose d’autre se passe. Ces mains écoutent. Elles semblent capter votre rythme intérieur, épouser vos besoins avant même que vous les formuliez. Elles entendent ce que vous n’avez pas dit (1). Vous sentez que la personne qui vous touche est vraiment là, présente, habitée. Vous vous sentez écouté/e. Et c’est cette présence qui vous permet de lâcher prise, de descendre dans vos propres profondeurs.

    La différence entre ces deux expériences ? Dans la première, rien à reprocher techniquement. Dans la seconde, le praticien est lui-même en contact avec son inconscient ; il a syntonisé une fréquence. Non seulement il est en contact avec lui-même, mais il vous laisse toute la place.

    J’ai lu quelque part qu’un maître ne t’impose pas son point de vue, il t’amène à l’endroit où il est et te laisse voir à partir de ce point de vue. Il t’amène en haut de la montagne pour que tu voies par toi-même.

    Que signifie être dans son inconscient ?
    L’envers du décor : ce qui se passe chez le/la massothérapeute

    Cette expression peut sembler paradoxale. Comment peut-on consciemment être dans son inconscient ? Pourtant, c’est exactement de cela qu’il s’agit : cultiver une attention particulière qui permet d’accueillir ce qui émerge des couches profondes de notre être sans le filtrer immédiatement par le mental.

    Quand vous donnez une séance de travail corporel depuis cet état, vous sentez ce qui se passe chez lui/elle. Vos mains sont des antennes. C’est une information, une résonance. Votre inconscient corporel dialogue avec le sien. C’est comme syntoniser une émission avec votre poste de radio, vous devenez à l’écoute d’une émission passionnante : celle des réponses des tissus. Le docteur Trager disait justement : « Ce qui m’intéresse, c’est la réponse des tissus ».

    Vous accueillez les sensations inattendues, les impulsions de modifier votre toucher sans savoir pourquoi. Au lieu de les rejeter comme des distractions, vous les reconnaissez comme des messages de cet espace partagé qui se crée dans la rencontre.

    Cette posture demande un courage particulier : celui de l’abandon, du lâcher prise, de la vulnérabilité, de la confiance dans les processus inconscients. Il faut accepter de ne pas tout contrôler, de ne pas savoir à l’avance où la séance va mener. Comme on l’entend dans une vidéo de l’institut Esalen, « We must trust that our hands are more intelligent», avoir confiance que nos mains sont intelligentes.  Certes, nous devons répondre à une attente de notre client, mais qui sait, ce sera plutôt une autre chose qui deviendra une priorité.

    C’est un paradoxe : pour offrir un cadre vraiment sécurisant au client, le praticien doit lui-même se retirer, faire abstraction de lui-même pour lui laisser toute la place. Il doit lâcher l’armure du technicien qui sait et qui contrôle pour devenir un compagnon de voyage intérieur. (2)

    Cela ne signifie pas perdre ses repères ou dissoudre les limites professionnelles. Au contraire, cette ouverture exige une discipline rigoureuse de connaissance de soi et le maintien d’un cadre éthique solide. C’est précisément parce que vous avez exploré vos propres limites que vous pouvez garder votre distance professionnelle, celle qui fait abstraction de votre état, celle qui nous éloigne des transferts et projections sur autrui. Accompagner l’autre sans vous y perdre.

    Un état qui se cultive

    Loin d’être un état mystérieux ou inaccessible, être dans son inconscient est une pratique qui se cultive et s’affine au fil des années. C’est un état très facile à accéder, encore faut-il lui laisser de la place. Ça commence par de petits gestes quotidiens.

    Avant d’entrer dans votre salle de massage, prenez quelques instants pour vous centrer. Sentez vos pieds au sol, votre respiration, le mouvement de votre colonne vertébrale. Laissez tomber les préoccupations de la journée. Arrivez dans votre propre corps avant de toucher celui de l’autre.

    Au début de chaque séance, posez vos mains, sans intention de corriger quoi que ce soit, pour prendre contact, observer le schéma corporel, écouter. Qu’est-ce qui se présente ? Quelle est la qualité de ce corps sous vos mains ? Laissez-le vous informer avant de décider de votre approche.

    Pendant la séance, maintenez une attention double : à la personne que vous touchez, bien sûr, mais aussi à votre propre état, car si vous développez des tensions, elles vont interférer dans votre travail. Comment votre propre corps répond-il ? Quelles sensations émergent en vous ? Cette auto-observation n’est pas une distraction, elle est au contraire votre principal instrument de perception.

    On parle souvent de fluidité, de continuité, d’enveloppement. Mais ces qualités techniques ne prennent leur pleine dimension que lorsqu’elles portent cette présence incarnée. Vos mouvements deviennent alors une conversation silencieuse où deux inconscients se rencontrent, se reconnaissent, et collaborent au processus de transformation.

    Le corps de votre client n’est pas un objet à manipuler, c’est un sujet avec lequel dialoguer. Et ce dialogue ne se fait pas par les mots, mais par une présence à présence, corps à corps, profondeur à profondeur.

    C’est dans cet espace de co-création inconsciente que réside la puissance particulière d’une approche psychocorporelle. Quand vous touchez depuis votre propre profondeur, vous offrez à l’autre la permission tacite d’accéder à la sienne. Votre état intérieur devient une invitation. Vous parlez le même langage.

    L’art de la rencontre

    On ne peut rejoindre l’inconscient de l’autre qu’en étant soi-même dans son inconscient. Cette phrase est devenue pour moi un rappel constant, presque un mantra. Avant chaque séance, elle me ramène à l’essentiel : non pas ce que je vais faire, mais comment je vais être. Ida Rolf a dit (traduction libre) : « Ce n’est pas comment profond vous allez, mais comment vous allez en profondeur. » (3)  La profondeur étant ici, vous vous en doutez maintenant, la profondeur de l’être entier.

    Car au final, ce n’est pas une série de techniques à appliquer, mais une qualité de présence à cultiver (4).

    Un art de la rencontre où vos mains deviennent le pont entre deux mondes intérieurs, permettant à quelque chose de profond et d’essentiel de circuler.

    1. Journal d’un masso : Une conversation sans mots – Revuemajulie, juillet 2025.
    2. Mon Voyage intérieur – Revuemajulie , février 2026.
    3. Massage profond – Revuemajulie
    4. L’art de la présence – Revuemajulie , mai 2025.
  • Chronique novembre 2025: nous sommes bien plus que nos douleurs

    Une réflexion que parfois nous nous identifions à nos bobos, certains en font leurs conversations

    La vie au-delà ... - Revuemajulie

    La vie au-delà …

    Lorsque les douleurs musculaires s’installent, elles deviennent souvent le centre de notre attention. Nous consultons en urgence, cherchant le soulagement immédiat. Douleur = problème à régler. Cette équation nous maintient dans un cycle où nous oublions l’essentiel : nous sommes bien plus que nos limitations physiques.

    Mais que se passerait-il si nous ne nous arrêtions pas à cette première conclusion ? Et si, comme un voyageur qui découvre une cuisine étrangère aux saveurs inattendues, nous nous ouvrions à un territoire sensoriel encore inexploré ?

    1.1       La tentation de s’arrêter trop tôt

    Un corps souffrant entrave notre fonctionnement au travail, notre vie sociale et notre estime personnelle. Pensez aux « tamalou », ces personnes qui socialisent au café en parlant essentiellement de leurs douleurs. Leur esprit, concentré sur la souffrance, peine à s’élever vers d’autres expériences. Pensons aussi aux expériences chez HeartMath : se souvenir cinq minutes d’une expérience douloureuse, comme une colère, affaiblit le système immunitaire pour quelques heures. (1)

    Pourtant, il y a un au-delà. Les approches comme le tai-chi ou encore le yoga nous enseignent quelque chose de précieux : le corps n’est pas qu’un assemblage de muscles à maintenir en état de marche, c’est un océan de sensations subtiles. Dans les mouvements lents et fluides, on découvre des courants d’énergie, des équilibres délicats. C’est comme passer d’une cuisine fade à une gastronomie raffinée – soudain, il y a des nuances que nous ne soupçonnons pas.

    1.2  Une invitation

    Les approches psychophysiques en massothérapie s’inscrivent dans cette même philosophie. Souvent, à cause d’idées préconçues, le massage n’est envisagé que sur le plan physiologique – défaire les nœuds, relâcher les tensions. Pourtant, certaines approches comme le Trager, les Ondulations Thérapeutiques ou le Momentum (style Esalen) proposent bien plus.

    Par des mouvements respectueux – bercements, jeu avec le poids du corps, libération d’espaces articulaires – ces approches nous reconnectent à des parties souvent négligées de notre expérience corporelle. Le but n’est pas seulement de « réparer », mais d’offrir un espace de découverte.

    Ce n’est pas un espace où l’on somnole passivement. C’est un lieu de présence calme, intensément vivant. C’est la découverte de sensations fines – une qualité de fluidité articulaire, une respiration qui se déploie différemment, une sensation d’expansion – qui rejoignent le système nerveux au-delà des douleurs, apportant un sentiment profond de paix qui est au-delà de la simple détente.

    Dans l’approche Trager, le praticien cultive un état de présence méditative (2) créant un champ d’expérience où le receveur peut se reconnecter à sa nature essentielle. Face à une résistance musculaire, plutôt que de forcer, on diminue la pression, on écoute, on apprivoise – comme on apprendrait à goûter un aliment inconnu sans préjugé.

    1.3       Découvrir

    Bien que 80 % des gens consultent en massothérapie pour des douleurs musculaires, beaucoup oublient, une fois l’urgence passée, qu’il existe un mieux-être au-delà. Tout un continent de sensations agréables attend d’être découvert. (3)

    Habiter son corps évoque une présence, une conscience qui transcende la chair. Comme un gourmet qui découvre une nouvelle cuisine, nous pouvons apprendre à savourer notre corps autrement – non plus seulement comme un problème à résoudre, mais comme une source d’expériences sensorielles riches et nourrissantes.

    La lumière ... au bout du tunnel

    Ces approches corporelles nous rappellent que nous ne sommes pas nos douleurs. Elles nous invitent à redécouvrir cette lumière intérieure qui ne demande qu’à briller au-delà des limitations physiques, nous guidant vers une vie plus légère, plus libre et plus épanouie.

    Il suffit parfois d’accepter de goûter à autre chose, d’aller au-delà de notre territoire de sensations.

    Références :

    1. Guérir, David Servan-Schreiber, éd. Pocket 2003, p.85
    2. L’art de la présence, Revuemajulie T. 7, vol. 10, avril 2025
      3. Trager et développement personnel, Revuemajulie T. 7, vol. 9, mars 2025
  • Chronique septembre 2025: les mains portent un message

    Une réflexion sur le message que les mains envoient au corps en massage

    La main, messagère de liberté - Revuemajulie

    La main, messagère de liberté

    « [The Trager® Approach] is a hands-on approach in which my mind transmits a message of lightness or freedom to my hands, which are working on the tissues of my patient. »
    Milton Trager, MD

    « L’Approche Trager® est une méthode manuelle où l’esprit du praticien insuffle un message de légèreté et de liberté à travers ses mains,
    qui, à leur tour, oeuvrent sur les tissus du receveur. »
    Dr Milton Trager

    Autrement dit, un toucher attentif, sans volonté de corriger, mais porté par un élan : celui de transmettre une sensation de légèreté et de liberté.

    Mon souhait, à travers ce toucher, est d’offrir un soulagement physique à la personne que j’accompagne, mais aussi — et peut-être surtout — de lui permettre de ressentir son corps avec plus de vivacité, plus de clarté, plus de liberté.

    Il est courant de venir consulter pour soulager des tensions : douleurs musculaires, crispations nerveuses liées au stress. Dès que je pose mes mains, ma première intention n’est pas d’agir, mais d’écouter. D’entendre ce que les mots ne disent pas (1). C’est le début d’une conversation silencieuse : l’écoute. Puis, tout doucement, un dialogue s’installe. Comme dans cette phrase que j’aime tant : « Mes mains insufflent un message de légèreté et de liberté. »

    Souvent, la raison initiale de la consultation – cette douleur dans…, ce tiraillement au niveau de… – diminue d’elle-même, parfois sans qu’on s’y attarde directement. Car ce que je transmets ne passe pas par le langage verbal, mais par la qualité de présence. C’est un message silencieux, mais perceptible, un état intérieur qui se traduit via le toucher, par ma manière d’entrer en relation avec les tissus.

    Je veux que la personne se sente accueillie, sans pression, sans attente. Qu’elle n’ait rien à prouver, rien à performer, rien à endurer. Qu’elle puisse simplement être là, telle qu’elle est, dans l’instant. Que son corps aussi puisse faire une pause, desserrer ses mécanismes de défense, et s’ouvrir à une autre possibilité : quelque chose de plus doux, plus fluide, plus vivant.

    Ma main ne pousse pas. Elle ne force rien. Elle nÀ travers ce toucher, je transmets un état d’esprit, un climat intérieur. Lorsque je suis calme, curieux, ouvert, alors mon toucher devient le prolongement naturel de cette qualité. Ce n’est pas une technique que j’applique de l’extérieur, mais une relation subtile entre deux mondes sensibles.’impose pas un mouvement. Elle suggère. Elle invite. Elle évoque.

    La main, ici, ne manipule pas : elle communique. Elle dit au corps : « Je suis là, je t’écoute, je ne te juge pas. » Comme un enfant qui exprime sa douleur se calmera lorsqu’il se sent écouté, le corps entend ce message : je t’écoute. Et lorsqu’il est sincère, il touche quelque chose de profond, d’archaïque même : le besoin fondamental de se sentir en sécurité, reconnu, respecté.

    Avec le temps, j’ai appris que le corps devient bien plus réceptif lorsqu’il se sent en confiance. Et cette confiance ne se décrète pas. Elle ne se force pas. Elle émerge… d’elle-même. Elle naît de l’intention, de la qualité de présence, de l’absence de jugement.

    Lorsque je pose mes mains avec cette attention calme et bienveillante, c’est comme si je donnais aux tissus la permission d’exister autrement. Je ne cherche pas à les corriger. Et pourtant, c’est précisément cette absence d’intention corrective qui permet le changement. Le système nerveux perçoit cette neutralité, cette absence de menace, et s’apaise. Il commence à écouter mes mouvements.

    N’oublions pas que ce sont les nerfs qui commandent les muscles. Un toucher respectueux, doux, peut apaiser le système nerveux, et c’est alors tout le corps qui commence à se réorganiser, parfois même dans des zones que je n’ai pas touchées.

    Mon souhait est que la personne reparte non seulement avec un soulagement physique, mais aussi avec une sensation plus vaste : celle d’avoir été profondément respectée, dans toutes les dimensions de son être. Et peut-être, ne serait-ce qu’un instant, d’avoir retrouvé cette qualité oubliée : une fluidité intérieure.

    (1) Revue ma Julie, tome 8, vol 1, Juillet 2025.

  • Chronique août 2025: la profondeur en massage

    Une réflexion sur ce que peut être la profondeur dans une approche corporelle
    Massage profond - Revuemajulie[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

    Massage profond
    It is not how deep you go
    it is how you go deep

    (Ida Rolf)
    Ce n'est pas à quel point vous allez profond
    c'est la manière d'aller profond (qui compte)

    Il existe une sagesse ancienne qui traverse les siècles et transforme notre compréhension du toucher thérapeutique, des thérapies corporelles. Ida Rolf, visionnaire du mouvement corporel, nous a légué cette perle : « Ce n’est pas à quelle profondeur vous allez, c’est comment vous allez en profondeur. » Ces mots résonnent comme une invitation à repenser entièrement notre approche du massage, « massage » étant pris ici dans son sens large incluant les approches, les thérapies corporelles, « bodywork »..

    Quand la force devient obstacle

    Imaginez un instant que le massage soit semblable à la cuisine. Un plat saturé d’épices est-il nécessairement plus nourrissant qu’une préparation délicate et équilibrée ? La réponse est évidente. Pourtant, une croyance tenace persiste dans l’univers du massage : plus c’est intense, plus c’est efficace. Plus le thérapeute appuie fort, mieux c’est.

    Cette conception erronée traverse les générations, adoptée autant par les clients que par certains praticiens. Le résultat ? Un cercle vicieux où la douleur devient le baromètre de l’efficacité. Mais que se produit-il réellement lorsqu’on force les tissus ? Le corps, dans sa sagesse innée, active ses mécanismes de défense. Il se contracte, se raidit, s’oppose à cette intrusion. Soulagement temporaire, le vieux schéma va revenir (1). C’est l’inverse de ce que nous recherchons.

    Milton Trager l’exprimait avec une clarté lumineuse : « C’est la façon dont je touche et non la technique qui est importante. » (2) Cette phrase révèle l’essence même de cette approche. Parfois, un chuchotement porte plus loin qu’un cri. Parfois, un toucher doux et précis atteint des profondeurs qu’aucune pression forte ne saurait rejoindre.

    L’intelligence du toucher

    Nos mains possèdent une intelligence propre (2), une capacité innée à percevoir et à communiquer qui dépasse largement notre compréhension rationnelle. Cette intelligence tactile se développe à travers l’expérience, mais elle ne peut s’épanouir que dans un terreau fertile : celui de la présence consciente.

    Un toucher véritablement conscient, respectueux et observateur déploie ses effets bien au-delà des muscles. Il influence le système nerveux, apaise l’état émotionnel, éveille la conscience corporelle et nourrit le sentiment de sécurité. C’est dans cette qualité de présence que se révèle notre véritable expertise, transformant un geste technique en authentique rencontre thérapeutique.

    Tom Myers, figure emblématique du travail corporel, témoigne de cette vérité : il raconte avoir reçu un soin profond lors d’une séance de thérapie crânio-sacrée, technique qui utilise des pressions aussi légères que le poids d’une pièce de monnaie. La profondeur n’était pas dans la force, mais dans la qualité de l’intention et de la présence. (3)

    La rencontre avec l’être entier

    Ida Rolf nous rappelle une vérité fondamentale : « Un être humain est un tout qui est plus grand que la somme de ses parties. » Cette perspective transforme radicalement notre approche. Il ne s’agit plus seulement de traiter des muscles ou des articulations à l’endroit des douleurs, mais de rencontrer une personne dans sa globalité. Il s’agit AUSSI plus concrètement de voir comment le client peut lui aussi écouter en observant ce qui cause ses douleurs.

    L’écoute devient alors notre premier outil. Prendre le temps d’observer au-delà des mots ce qui se déploie vraiment. Percevoir non seulement les besoins physiques, mais aussi le poids du stress, le fardeau des responsabilités (4), la douleur d’une maladie, et mille autres nuances qui composent l’expérience humaine.

    Dans cette approche, inspirée du massage momentum, il s’agit d’abord d’observer le schéma corporel sans vouloir changer quoi que ce soit au départ. Simplement entrer en contact, créer un espace de confiance où la transformation peut naturellement émerger.

    La magie de la présence authentique

    Quand la qualité du toucher s’unit à une présence authentique, quelque chose de magique se produit. Les tensions se relâchent non par contrainte, mais par invitation. Les tissus s’ouvrent, se détendent, retrouvent leur vitalité naturelle. Le corps se réorganise de l’intérieur, selon sa propre sagesse.

    C’est le toucher conscient (3) soutenu par une compétence physiologique, sans que celle-ci ne domine la séance. Le toucher enveloppant guidé par la technique. Le toucher joyeux aussi, car notre façon de concevoir et de parler du soin influence profondément l’expérience de celui qui le reçoit.

    Une leçon pour la vie

    Cette sagesse du massage profond nous enseigne quelque chose de plus vaste. Dans nos existences, nous cherchons souvent à aller vite, à forcer les choses, à obtenir des résultats par la seule intensité de nos efforts. Ida Rolf nous rappelle qu’il existe une autre voie : celle de la qualité, de la présence, de l’écoute patiente.

    Finalement, que ce soit dans le massage profond ou dans l’existence, la véritable profondeur n’est pas une question de force. Elle est une question d’art, de finesse, de respect du rythme naturel de la vie. C’est dans cette approche que se révèle la beauté du toucher qui soigne : non pas comme une technique à appliquer, mais comme une rencontre à célébrer.

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    (1) Les schémas : Revue ma Julie, tome 7, volume 8, février 2025.
    (2) Art du toucher : Revue ma Julie, tome 7, volume 6, décembre 2024.
    (3) Art de la présence : Revue ma Julie, tome 7, volume 11, mai 2025.
    (4) Journal d’un masso : Revue ma Julie, tome 8, volume 1, juillet 2025.

la main therapeutique
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