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7 mars 2026
  • Chronique mars 2026: le voyage, la suite

    La suite du ressenti possible ....

    Le voyage intérieur (suite) - Revuemajulie

    Le voyage intérieur, la suite

    Le voyage continue…

    Et là, je n’arrive plus à avoir la moindre pensée. Je suis devenu une poupée de chiffon. Je suis sur le ventre, quel chemin la vague va-t-elle prendre ?

    L’ondulation se fait dans mon mollet, je découvre une sensation nouvelle pour moi qui a le mollet assez raide, plutôt dur… je ressens la liberté s’installer graduellement. Chaque rebond apporte de l’apaisement.

    La vague, cette fameuse vague du Trager, elle se répand, je goûte… Impossible de penser, je suis plongé dans la sensation…

    Le mouvement suivant, (il me dira le nom après), la bicyclette, ça commence par la cuisse qui se met à onduler et ensuite… je ne me suis jamais fait « brasser » le « popotin » de cette manière. Mon postérieur est comme du jello. La vague du jello ? Hi hi hi.

    Louis-Michel appelle le mouvement suivant  « la pâte à pain ». Cela m’amène à observer mon corps, prendre conscience… Les fessiers travaillent fort et là ils acceptent de relâcher et la vague, mais quelle vague, j’ondule de la tête aux pieds, je SUIS devenu la vague.

    Une pause, ça me laisse le temps d’intégrer, la boisson pétillante se calme, drôle de sensation. La vague est toujours présente bien que je ne bouge plus ; bizarre comment les effets durent. La plupart du temps, on me touche tout le temps et là je suis content d’être sans toucher, de prendre ce moment pour être présent à mon corps.

    Le bercement du bassin, quelle merveille de sensation de soulagement au bas du dos et, je me répète, toujours cette ondulation. C’est comme la goutte qui crée des ondes dans l’eau. Les mains qui créent ces ondes sont enveloppantes.

    Mon dos, enfin mon dos. Je ne pensais pas que ce dernier avait autant besoin d’une présence attentionnée.

    Mes chères épaules… celles-ci cachent les racines de mes ailes d’ange, comme le dit Louis-Michel. Les assouplir, donner de l’espace, les « fluffer »  comme on le fait avec autant de légèreté que les plumes de l’oreiller.

    Et que dire de « Chopin », en l’honneur de ce pianiste qui croisait les mains tellement il jouait vite… la vague est partout, à la longueur de mon corps.

    Retour sur le dos, c’est pénible tellement mon corps est relâché.

    Retour au cou, la tête tourne, incroyable à quel point elle tourne, je le sens comme un cou de chouette. Je sens ma tête se promener dans tous les sens. Mais non, je ne perdrai pas la tête.

    Autre pause… laisser le pétillement s’apaiser.

    Il soulève ma tête avec de la tendresse, une infinie lenteur que je ne peux faire autrement que lâcher, en tout respect de mes entorses du passé, du souvenir des limitations qui fondent. Il me dira après que ses mains en coupe ont à peine quitté la table alors que j’ai eu l’impression qu’il l’avait montée très haut, j’avais la tête dans les nuages. Il me dira par la suite que l’image qu’il entretient lors de ce mouvement est justement un nuage qui flotte dans le ciel ; c’est incroyable de constater qu’une image peut se transmettre par la sensation, par la connexion.

    Quelques derniers bercements, un doux étirement pour compléter le tout.

    Le Trager, c’est une présence à mon corps dans le bien-être. Habiter mon corps dans tous ces espaces dont je suis inconscient, dont j’étais inconscient.

    Alors que souvent le corps se manifeste, qu’il nous rappelle sa présence par la douleur, cette séance appelle cette présence dans  le confort. C’est un message que ces vagues envoient à mon corps, message de confiance, d’écoute, le message que je suis accueilli.

    La connexion, pas la correction.

    En résumé, c’est une sensation de paix, de souplesse et de légèreté.

    Curieusement, j’étais très présent et à la fois déconnecté. Comment dire ? 

    « Avant, ce ne sont que des mots. Après, les mots sont inutiles. »
    Dr. Milton Trager

  • Chronique février 2026: le voyage intérieur

    Journal d'un massothérapeute ch. 1

    Une exploration sur ce qu'une personne ressent lors d'un Trager, première partie

    Mon Voyage intérieur - Revuemajulie

    Après un échange sur mes besoins avec mon thérapeute,
    je m’installe sur la table de massage, sur le dos.
    Elle est confortable.
    La pièce respire la détente.

    Un sourire s’inscrit sur mes lèvres en pensant à sa phrase : « Installez-vous sur la table sur le dos, elle a tellement d’expérience qu’elle va commencer la séance pendant que je me lave les mains. »

    Louis-Michel cogne doucement, attend ma réponse avant d’entrer. Belle marque de respect.

    Quelques questions : « Avez-vous assez chaud ? Désirez-vous des traversins sous les genoux ? Votre confort est important, ça va vous aider à relâcher. »

    Il commence par le cou. Pas de manœuvre ciblée, mais une prise de contact. J’ai l’impression qu’il écoute, observe, ressent.

    Et le voyage commence. Tantôt une douce pression pour descendre mes épaules. Hi hi! Je ne m’étais même pas rendu compte que je les retenais. Ça m’amène à observer ce qui se passe dans son toucher. Ensuite, des pressions toutes en douceur ferme sur mes épaules vers la table. On dirait un chat.

    C’est alors qu’il me dit : « Saviez-vous que nos manoeuvres ont toutes un nom ? » « Non. » « Eh bien, devinez ce que c’était… » « On aurait dit de grosses pattes de chat moelleuses! » Rires.

    La valse commence dans le silence. Je sens les mouvements un peu comme avec de l’élastique dans les pressions. Maintenant, il invite ma tête à rouler sur le côté. Sa main glisse sur le cou comme une caresse attentive qui donne de la longueur, alors que son autre main continue sur l’épaule. C’est coordonné, rassurant. Une sensation d’ouverture s’installe. Ma tête se fait bercer avec toute l’attention qu’on pourrait donner à un nouveau-né.

    Petite pause. Ça me permet de ressentir ce qui s’est passé. C’est la première fois qu’on me laisse le temps de goûter. Un peu comme dans un repas nourrissant où on fait une petite pause, une gorgée, qui permet d’apprécier.

    … petite pause

    Les jambes. Les jambes ? Ah oui ? Je m’attendais à ce qu’on s’attarde aux épaules, mais enfin. Les jambes, une à la fois. Une traction, comme on m’a dit après : « On enlève le lousse », pas plus. C’est comme si on tirait sur mon élastique et que ça montait jusqu’à la tête. Je suis surpris.

    Bien que la détente s’installe – maintenant je sais que je ne me ferai pas « rentrer dedans » – je suis tellement curieux des sensations insoupçonnées que je reste, non pas vigilant, mais simplement à l’écoute.

    Ma jambe se fait bercer. Je sens le rebond de mon pied. On dirait une vague, une ondulation qui monte jusqu’à ma tête qui ondule légèrement.

    On lève ma jambe et puis… ben oui, j’aide.

    Louis-Michel me dit : « Vous êtes une personne serviable, vous ? » « Comment ça ? » « Vous m’aidez ! » Rires. Sa phrase était bien ciblée, car je prends conscience d’un certain contrôle. Et là s’installe ce relâchement qui fait que j’ai senti la table me recevoir dans tout mon corps.

    Autre pause. Je goûte, comme entre deux bouchées, la pause qui permet de mieux savourer la suivante.

    … petite pause

    Et là, c’est un peu plus « vigoureux ». Le poids de ma jambe… Juste à soulever  ma jambe par le pied, je l’ai sentie devenir lourde. Ensuite, tout en la soulevant, j’ai senti qu’on lançait mon talon. Quelle sensation de légèreté !

    Petite pause. Une seconde pour reposer ma jambe et c’est reparti : soulever, légèreté, et ce mouvement ondulatoire qui monte jusqu’à la tête. Pas de mots. Juste cette sensation. Je découvre que je ne suis peut-être pas aussi tendu que je le pensais.

    … petite pause

    Ma jambe est redéposée avec respect. Toujours la petite pause, à peine quelques secondes, mais c’est suffisant. J’ai l’impression qu’on fait ces pauses pour que mon corps ne soit pas « saoulé » de mouvements. Ou encore pour laisser baisser les bulles du verre de liqueur, tsé, si on veut le boire ! Rire intérieur.

    Là, on sculpte mon bras avec une telle présence qu’il ne peut faire autrement que devenir une guenille. Le bercement du bras – il est tout mou, un peu comme une aile, une plume au vent. Paradoxe : il est léger dans le mouvement et tellement lourd qu’il entre dans la table une fois déposé.

    Mes mains. Faire bouger tous ces petits os un à un. Ressentir chacun d’eux. Enlever le « lousse». Ressentir ce petit élastique dans chaque articulation, c’est délicieux.

     ... petite pause

    Le poignet devient tout libre. C’est comme si je faisais des bye-bye. Rire intérieur.

    Toujours la petite pause.

    Ah yé ! LES ÉPAULES !

    Un peu comme au début : douce pression, une patte de chat sur l’épaule, l’autre sur les côtes, les deux pattes à la fois. Hi hi hi !

    Je sens ma cage thoracique s’ouvrir et se détendre. Ma respiration, je la découvre. Un ami amérindien m’avait dit : « Vous les Blancs, vous respirez juste assez pour survivre. »

    Je sens un bras passer sous mon cou, une main sur mon épaule de l’autre côté. Mon thorax s’ouvre. Ma respiration s’apaise comme si mon corps s’ouvrait.

    Il étire doucement mon bras latéralement, le balance, mon coude devient un pendule ; pour peu, je sentirais ça comme une aile qui bat au vent.

    Je me retourne sur le ventre et ça continue … à suivre ...

    Louis-Michel Martel , tous droits réservés

     

  • Chronique novembre 2025: nous sommes bien plus que nos douleurs

    Une réflexion que parfois nous nous identifions à nos bobos, certains en font leurs conversations

    La vie au-delà ... - Revuemajulie

    La vie au-delà …

    Lorsque les douleurs musculaires s’installent, elles deviennent souvent le centre de notre attention. Nous consultons en urgence, cherchant le soulagement immédiat. Douleur = problème à régler. Cette équation nous maintient dans un cycle où nous oublions l’essentiel : nous sommes bien plus que nos limitations physiques.

    Mais que se passerait-il si nous ne nous arrêtions pas à cette première conclusion ? Et si, comme un voyageur qui découvre une cuisine étrangère aux saveurs inattendues, nous nous ouvrions à un territoire sensoriel encore inexploré ?

     La tentation de s’arrêter trop tôt

    Un corps souffrant entrave notre fonctionnement au travail, notre vie sociale et notre estime personnelle. Pensez aux « tamalou », ces personnes qui socialisent au café en parlant essentiellement de leurs douleurs. Leur esprit, concentré sur la souffrance, peine à s’élever vers d’autres expériences. Pensons aussi aux expériences chez HeartMath : se souvenir cinq minutes d’une expérience douloureuse, comme une colère, affaiblit le système immunitaire pour quelques heures. (1)

    Pourtant, il y a un au-delà. Les approches comme le tai-chi ou encore le yoga nous enseignent quelque chose de précieux : le corps n’est pas qu’un assemblage de muscles à maintenir en état de marche, c’est un océan de sensations subtiles. Dans les mouvements lents et fluides, on découvre des courants d’énergie, des équilibres délicats. C’est comme passer d’une cuisine fade à une gastronomie raffinée – soudain, il y a des nuances que nous ne soupçonnons pas.

    Une invitation

    Les approches psychophysiques en massothérapie s’inscrivent dans cette même philosophie. Souvent, à cause d’idées préconçues, le massage n’est envisagé que sur le plan physiologique – défaire les nœuds, relâcher les tensions. Pourtant, certaines approches comme le Trager, les Ondulations Thérapeutiques ou le Momentum (style Esalen) proposent bien plus.

    Par des mouvements respectueux – bercements, jeu avec le poids du corps, libération d’espaces articulaires – ces approches nous reconnectent à des parties souvent négligées de notre expérience corporelle. Le but n’est pas seulement de « réparer », mais d’offrir un espace de découverte.

    Ce n’est pas un espace où l’on somnole passivement. C’est un lieu de présence calme, intensément vivant. C’est la découverte de sensations fines – une qualité de fluidité articulaire, une respiration qui se déploie différemment, une sensation d’expansion – qui rejoignent le système nerveux au-delà des douleurs, apportant un sentiment profond de paix qui est au-delà de la simple détente.

    Dans l’approche Trager, le praticien cultive un état de présence méditative (2) créant un champ d’expérience où le receveur peut se reconnecter à sa nature essentielle. Face à une résistance musculaire, plutôt que de forcer, on diminue la pression, on écoute, on apprivoise – comme on apprendrait à goûter un aliment inconnu sans préjugé.

    Découvrir

    Bien que 80 % des gens consultent en massothérapie pour des douleurs musculaires, beaucoup oublient, une fois l’urgence passée, qu’il existe un mieux-être au-delà. Tout un continent de sensations agréables attend d’être découvert. (3)

    Habiter son corps évoque une présence, une conscience qui transcende la chair. Comme un gourmet qui découvre une nouvelle cuisine, nous pouvons apprendre à savourer notre corps autrement – non plus seulement comme un problème à résoudre, mais comme une source d’expériences sensorielles riches et nourrissantes.

    La lumière ... au bout du tunnel

    Ces approches corporelles nous rappellent que nous ne sommes pas nos douleurs. Elles nous invitent à redécouvrir cette lumière intérieure qui ne demande qu’à briller au-delà des limitations physiques, nous guidant vers une vie plus légère, plus libre et plus épanouie.

    Il suffit parfois d’accepter de goûter à autre chose, d’aller au-delà de notre territoire de sensations.

    Références :

    1. Guérir, David Servan-Schreiber, éd. Pocket 2003, p.85
    2. L’art de la présence, Revuemajulie T. 7, vol. 10, avril 2025
      3. Trager et développement personnel, Revuemajulie T. 7, vol. 9, mars 2025
  • Chronique octobre 2025: une autre vision

    Réflexions sur le travail corporel souvent appelé massage

    Le massage vu autrement - Revuemajulie octobre 2025

    Le massage vu autrement


    « C’est l’esprit qui va guider le mouvement,
    ce processus débute par le questionnement : 
    comment cela pourrait être plus léger, plus libre, plus souple.»
    Milton Trager m.d.

    Cette citation capture l’essence même du massage Trager®, une approche qui transcende la simple technique pour devenir un véritable art de la connexion corps-esprit. Cette modalité révolutionnaire continue d’inspirer massothérapeutes et clients par sa philosophie unique du toucher conscient, transformant fondamentalement notre conception du massage : non plus un service appliqué sur le client, mais une exploration partagée avec lui.

    Une écoute constante

    Le Trager se distingue par son approche introspective. Contrairement aux techniques plus structurées, il invite le praticien à une écoute constante : que ressent le corps sous mes mains ? Qu’est-ce que je ressens en réponse aux mouvements que je propose ? Comment puis-je accompagner ce tissu vers plus de liberté ?

    Le Dr Trager, vers la fin de sa vie, résumait cette approche en disant : « Ce qui m’intéresse, c’est la réponse des tissus. » Cette phrase révèle la beauté de cette pratique : c’est toujours une découverte à chaque séance pour la personne qui donne. Cette démarche interrogative transforme chaque rencontre en exploration collaborative, un dialogue non verbal entre thérapeute et client.

    Cette philosophie du questionnement n’est pas intellectuelle. Elle s’incarne dans chaque geste, chaque pression, chaque mouvement. Le praticien apprend à suspendre ses automatismes pour s’ouvrir à l’intelligence du corps qu’il touche et à proposer, plutôt qu’imposer, un mouvement.

    Plus léger, le paradoxe de la douceur

    Rechercher ce qui pourrait être « plus léger » semble paradoxal dans un domaine où nous associons souvent l’efficacité à la pression profonde. Pourtant, le Trager et ses ondulations thérapeutiques démontre que la légèreté peut révéler des couches de tension inaccessibles par la force.

    Ida Rolf l’exprimait magnifiquement : « Ce n’est pas comment profond vous allez, c’est comment vous allez profond ». Et rejoindre la profondeur se fait avec douceur. J’aime particulièrement l’analogie du skieur aquatique qui, en tombant, rebondit sur l’eau, alors que le nageur peut descendre en profondeur sans résistance. Cette image illustre parfaitement comment une approche respectueuse des défenses naturelles du corps invite à un relâchement authentique plutôt que forcé.

    Plus libre, l'intelligence du tissu

    L’écoute permet au praticien de percevoir les nuances subtiles du tissu conjonctif, les micro-tensions, les zones de retenue émotionnelle, ces places qui ont enregistré la douleur. Cette sensibilité fine ouvre des possibilités thérapeutiques souvent négligées par des approches plus directes.

    La recherche de ce qui pourrait être « plus libre » guide le praticien vers des mouvements organiques, dépourvus de rigidité technique. Les ondulations thérapeutiques appliquées dans un continuum créent une fluidité qui favorise l’intégration neurologique et émotionnelle.

    Cette liberté se manifeste aussi dans l’absence de protocole fixe, bien qu’une excellente connaissance des manœuvres soit essentielle pour que leur application puisse s’exécuter comme une danse. Chaque séance devient unique, adaptée aux besoins spécifiques révélés par le dialogue tactile. Le praticien apprend à faire confiance à son intuition, développant une forme d’intelligence qui transcende les connaissances purement anatomiques.

    Plus souple, s'adapter plutôt qu'imposer

    Chercher ce qui pourrait être « plus souple » dépasse la simple amélioration de la flexibilité. C’est découvrir que votre corps peut bouger autrement. La souplesse, c’est l’adaptation constante du praticien aux besoins changeants du client. Cette flexibilité permet d’accompagner les processus naturels plutôt que de les imposer.

    La souplesse du praticien se reflète dans sa capacité à ajuster non seulement sa technique, mais aussi son rythme, sa présence, son niveau d’intervention. Cette adaptabilité crée un espace sécurisant où le client peut explorer ses propres ressources de guérison.

    Stress, avez-vous dit ?

    Le stress est devenu si chronique que nous y sommes tellement habitués que nous croyons que c’est un état normal. Une anecdote illustre parfaitement cette réalité : une amie qui avait pris sa retraite, il y a environ deux ans, a accepté un petit retour au travail, un court contrat. Au sortir d’un été passé en grande partie à leur camp de chasse, elle a constaté en reprenant le collier : « Et je vivais ça comme pression de travail ! »

    Cette déconnexion corporelle nous permet justement de vivre le stress comme une normalité. Une approche douce offre des outils particulièrement pertinents pour au moins faire une pause salutaire, pour ne pas se perdre de vue dans tout ce brouhaha. Sa philosophie du questionnement encourage les clients à développer leur propre conscience corporelle, créant des bénéfices durables au-delà de la séance.

    Une pratique qui enrichit le praticien

    Les praticiens rapportent que cette approche enrichit considérablement leur pratique, réduisant leur fatigue professionnelle et approfondissant leur satisfaction thérapeutique. Puiser dans leurs ressources intuitives tout en maintenant la rigueur professionnelle devient leur nouvelle norme.

    La qualité de la présence avant la technique

    La véritable maîtrise réside moins dans l’accumulation de techniques que dans la qualité de présence et d’écoute. Il invite chaque praticien à cultiver un état d’esprit ouvert, curieux, constamment en recherche de ce qui pourrait permettre plus de légèreté, de liberté et de souplesse.

    Cette manière d’être transforme fondamentalement la relation thérapeutique, faisant du massage non plus un service appliqué sur le client, mais une exploration partagée vers un mieux-être authentique et durable. Dans cette danse à deux, praticien et client deviennent co-créateurs d’un espace de guérison où l’esprit guide véritablement le mouvement.

    Tous droits réservés © Louis-Michel Martel 2025

  • Chronique septembre 2025: les mains portent un message

    Une réflexion sur le message que les mains envoient au corps en massage

    La main, messagère de liberté - Revuemajulie

    La main, messagère de liberté

    « The Trager® Approach is a hands-on approach in which my mind transmits a message of lightness or freedom to my hands, which are working on the tissues of my patient. »
    Milton Trager, M.D.

    « L’Approche Trager® est une méthode manuelle où l’esprit du praticien insuffle un message de légèreté et de liberté à travers ses mains,
    qui, à leur tour, oeuvrent sur les tissus du receveur. »
    Milton Trager m.d.

    Autrement dit, un toucher attentif, sans volonté de corriger, mais porté par un élan : celui de transmettre une sensation de légèreté et de liberté.

    L'écoute avant l'action

    Mon souhait, à travers ce toucher, est d’offrir un soulagement physique à la personne que j’accompagne, mais aussi — et peut-être surtout — de lui permettre de ressentir son corps avec plus de vivacité, plus de clarté, plus de liberté.

    Il est courant de venir consulter pour soulager des tensions : douleurs musculaires, crispations nerveuses liées au stress. Dès que je pose mes mains, ma première intention n’est pas d’agir, mais d’écouter. D’entendre ce que les mots ne disent pas (1). C’est le début d’une conversation silencieuse : l’écoute. Puis, tout doucement, un dialogue s’installe. Comme dans cette phrase que j’aime tant : « Mes mains insufflent un message de légèreté et de liberté. »

    Souvent, la raison initiale de la consultation – cette douleur dans…, ce tiraillement au niveau de… – diminue d’elle-même, parfois sans qu’on s’y attarde directement. Car ce que je transmets ne passe pas par le langage verbal, mais par la qualité de présence. C’est un message silencieux, mais perceptible, un état intérieur qui se traduit via le toucher, par ma manière d’entrer en relation avec les tissus.

    Simplement être là

    Je veux que la personne se sente accueillie, sans pression, sans attente. Qu’elle n’ait rien à prouver, rien à performer, rien à endurer. Qu’elle puisse simplement être là, telle qu’elle est, dans l’instant. Que son corps aussi puisse faire une pause, desserrer ses mécanismes de défense, et s’ouvrir à une autre possibilité : quelque chose de plus doux, plus fluide, plus vivant.

    La main qui suggère

    Ma main ne pousse pas. Elle ne force rien. Elle invite. Elle évoque. À travers ce toucher, je transmets un état d’esprit, un climat intérieur. Lorsque je suis calme, curieux, ouvert, alors mon toucher devient le prolongement naturel de cette qualité. Ce n’est pas une technique que j’applique de l’extérieur, mais une relation subtile entre deux mondes sensibles.

    Le corps qui s'apaise

    La main, ici, ne manipule pas : elle communique. Elle dit au corps : « Je suis là, je t’écoute, je ne te juge pas. » Comme un enfant qui exprime sa douleur se calmera lorsqu’il se sent écouté, le corps entend ce message : je t’écoute. Et lorsqu’il est sincère, il touche quelque chose de profond, d’archaïque même : le besoin fondamental de se sentir en sécurité, reconnu, respecté.

    La confiance ne se décrète pas 

    Avec le temps, j’ai appris que le corps devient bien plus réceptif lorsqu’il se sent en confiance. Et cette confiance ne se décrète pas. Elle ne se force pas. Elle émerge… d’elle-même. Elle naît de l’intention, de la qualité de présence, de l’absence de jugement.

    Lorsque je pose mes mains avec cette attention calme et bienveillante, c’est comme si je donnais aux tissus la permission d’exister autrement. Je ne cherche pas à les corriger. Et pourtant, c’est précisément cette absence d’intention corrective qui permet le changement. Le système nerveux perçoit cette neutralité, cette absence de menace, et s’apaise. Il commence à écouter mes mouvements.

    Le nerf avant le muscle 

    N’oublions pas que ce sont les nerfs qui commandent les muscles. Un toucher respectueux, doux, peut apaiser le système nerveux, et c’est alors tout le corps qui commence à se réorganiser, parfois même dans des zones que je n’ai pas touchées.

    Une fluidité retrouvée

    Mon souhait est que la personne reparte non seulement avec un soulagement physique, mais aussi avec une sensation plus vaste : celle d’avoir été profondément respectée, dans toutes les dimensions de son être. Et peut-être, ne serait-ce qu’un instant, d’avoir retrouvé cette qualité oubliée : une fluidité intérieure.

    (1) Revue ma Julie, tome 8, vol 1, Juillet 2025.

  • Chronique août 2025: la profondeur en massage

    Une réflexion sur ce que peut être la profondeur dans une approche corporelle
    Massage profond - Revuemajulie  lien vers la revue

    Massage profond
    It is not how deep you go
    it is how you go deep

    (Ida Rolf)
    Ce n'est pas à quel point vous allez profond
    c'est la manière d'aller profond (qui compte)

    Il existe une sagesse ancienne qui traverse les siècles et transforme notre compréhension du toucher thérapeutique, des thérapies corporelles. Ida Rolf, visionnaire du mouvement corporel, nous a légué cette perle : « Ce n’est pas à quelle profondeur vous allez, c’est comment vous allez en profondeur. » Ces mots résonnent comme une invitation à repenser entièrement notre approche du massage, « massage » étant pris ici dans son sens large incluant les approches, les thérapies corporelles, « bodywork »..

    Quand la force devient obstacle

    Imaginez un instant que le massage soit semblable à la cuisine. Un plat saturé d’épices est-il nécessairement plus nourrissant qu’une préparation délicate et équilibrée ? La réponse est évidente. Pourtant, une croyance tenace persiste dans l’univers du massage : plus c’est intense, plus c’est efficace. Plus le thérapeute appuie fort, mieux c’est.

    Cette conception erronée traverse les générations, adoptée autant par les clients que par certains praticiens. Le résultat ? Un cercle vicieux où la douleur devient le baromètre de l’efficacité. Mais que se produit-il réellement lorsqu’on force les tissus ? Le corps, dans sa sagesse innée, active ses mécanismes de défense. Il se contracte, se raidit, s’oppose à cette intrusion. Soulagement temporaire, le vieux schéma va revenir (1). C’est l’inverse de ce que nous recherchons.

    Milton Trager l’exprimait avec une clarté lumineuse : « C’est la façon dont je touche et non la technique qui est importante. » (2) Cette phrase révèle l’essence même de cette approche. Parfois, un chuchotement porte plus loin qu’un cri. Parfois, un toucher doux et précis atteint des profondeurs qu’aucune pression forte ne saurait rejoindre.

    L’intelligence du toucher

    Nos mains possèdent une intelligence propre (2), une capacité innée à percevoir et à communiquer qui dépasse largement notre compréhension rationnelle. Cette intelligence tactile se développe à travers l’expérience, mais elle ne peut s’épanouir que dans un terreau fertile : celui de la présence consciente.

    Un toucher véritablement conscient, respectueux et observateur déploie ses effets bien au-delà des muscles. Il influence le système nerveux, apaise l’état émotionnel, éveille la conscience corporelle et nourrit le sentiment de sécurité. C’est dans cette qualité de présence que se révèle notre véritable expertise, transformant un geste technique en authentique rencontre thérapeutique.

    Tom Myers, figure emblématique du travail corporel, témoigne de cette vérité : il raconte avoir reçu un soin profond lors d’une séance de thérapie crânio-sacrée, technique qui utilise des pressions aussi légères que le poids d’une pièce de monnaie. La profondeur n’était pas dans la force, mais dans la qualité de l’intention et de la présence. (3)

    La rencontre avec l’être entier

    Ida Rolf nous rappelle une vérité fondamentale : « Un être humain est un tout qui est plus grand que la somme de ses parties. » Cette perspective transforme radicalement notre approche. Il ne s’agit plus seulement de traiter des muscles ou des articulations à l’endroit des douleurs, mais de rencontrer une personne dans sa globalité. Il s’agit AUSSI plus concrètement de voir comment le client peut lui aussi écouter en observant ce qui cause ses douleurs.

    L’écoute devient alors notre premier outil. Prendre le temps d’observer au-delà des mots ce qui se déploie vraiment. Percevoir non seulement les besoins physiques, mais aussi le poids du stress, le fardeau des responsabilités (4), la douleur d’une maladie, et mille autres nuances qui composent l’expérience humaine.

    Dans cette approche, inspirée du massage momentum, il s’agit d’abord d’observer le schéma corporel sans vouloir changer quoi que ce soit au départ. Simplement entrer en contact, créer un espace de confiance où la transformation peut naturellement émerger.

    La magie de la présence authentique

    Quand la qualité du toucher s’unit à une présence authentique, quelque chose de magique se produit. Les tensions se relâchent non par contrainte, mais par invitation. Les tissus s’ouvrent, se détendent, retrouvent leur vitalité naturelle. Le corps se réorganise de l’intérieur, selon sa propre sagesse.

    C’est le toucher conscient (3) soutenu par une compétence physiologique, sans que celle-ci ne domine la séance. Le toucher enveloppant guidé par la technique. Le toucher joyeux aussi, car notre façon de concevoir et de parler du soin influence profondément l’expérience de celui qui le reçoit.

    Une leçon pour la vie

    Cette sagesse du massage profond nous enseigne quelque chose de plus vaste. Dans nos existences, nous cherchons souvent à aller vite, à forcer les choses, à obtenir des résultats par la seule intensité de nos efforts. Ida Rolf nous rappelle qu’il existe une autre voie : celle de la qualité, de la présence, de l’écoute patiente.

    Finalement, que ce soit dans le massage profond ou dans l’existence, la véritable profondeur n’est pas une question de force. Elle est une question d’art, de finesse, de respect du rythme naturel de la vie. C’est dans cette approche que se révèle la beauté du toucher qui soigne : non pas comme une technique à appliquer, mais comme une rencontre à célébrer.

    ___________________________________________________________
    (1) Les schémas : Revue ma Julie, tome 7, volume 8, février 2025.
    (2) Art du toucher : Revue ma Julie, tome 7, volume 6, décembre 2024.
    (3) Art de la présence : Revue ma Julie, tome 7, volume 11, mai 2025. 
    (4) Journal d’un masso : Revue ma Julie, tome 8, volume 1, juillet 2025.

  • Chronique juillet 2025: Journal d’un massothérapeute

    Une réflexion sur ce qu'un massothérapeute observe: Le langage du corps

    Une conversation sans mots - Revuemajulie[

    Journal d’un massothérapeute :

     une conversation sans mots

    Claire franchit la porte de mon bureau cet après-midi, son corps racontant déjà toute une histoire avant même que ses lèvres ne s’entrouvrent. Son épaule droite, sa démarche mesurée, presque prudente, montrent au monde toute cette douleur intérieure qu’elle porte. Lors de l’interview préliminaire, j’écoute ses demandes verbales tout en observant ce langage plus subtil que son corps exprime. Je l’invite à s’allonger sur la table avec ma vieille blague habituelle : « Ma table a tellement d’expérience qu’elle va commencer pendant que je me retire pour me laver les mains. » Un sourire timide apparaît sur son visage. La salle est baignée d’une lumière douce et, avec son accord, je propose le bruit des vagues plutôt qu’une musique – ce rythme éternel qui nous rappelle que tout est mouvement, que tout est flux et reflux. Je laisse un certain choix à mes clients : silence pour être à l’écoute de leur intérieur, musique, son d’un feu qui crépite, les vagues, le chant des baleines.

    Je l’invite à s’allonger sur la table avec ma vieille blague habituelle :
    « Ma table a tellement d’expérience qu’elle va commencer pendant que je me retire pour me laver les mains. » Un sourire timide apparaît sur son visage. La salle est baignée d’une lumière douce et, avec son accord, je propose le bruit des vagues plutôt qu’une musique – ce rythme éternel qui nous rappelle que tout est mouvement, que tout est flux et reflux. Je laisse un certain choix à mes clients : silence pour être à l’écoute de son intérieur, musique, son d’un feu qui crépite, les vagues, le chant des baleines.

    De retour auprès d’elle, je pose mes mains. Je ne « fais » pas encore, je suis simplement présent. J’écoute. Ses tissus me parlent d’histoires que les mots ne savent pas raconter. Une contraction ici, une résistance là. Mon mental voudrait déjà planifier, analyser, mais aujourd’hui, je choisis de laisser mes mains mener la danse. J’entre en contact dans un état réceptif, d’écoute ; un dialogue ne commence-t-il pas par l’écoute ?

    Je prends le poids de sa tête sans autre mouvement. Je propose un léger bercement, son corps répond, le dialogue commence. Et la danse s’amorce : « It takes two to tango ». Milton Trager disait : « Ce qui m’intéresse, c’est la réponse des tissus. » Cette phrase guide ma pratique chaque jour.

    Les premiers mouvements sont comme une valse lente. Je sens sa respiration s’approfondir. Son corps commence à s’abandonner, millimètre par millimètre, la carapace protectrice commence à fondre. Je remarque un mouvement qui passe moins bien. Mes mains s’y attardent, non pas avec l’intention de « réparer », mais d’écouter. Sans chercher à comprendre, sans jugement, j’observe. J’entre en conversation avec cette résistance, lui proposant de relâcher, selon son chemin, ce qu’elle a pris comme fardeau. En anglais, on dit « unwinding », comme le ressort du vieux cadran qui lâche.

    Chaque couche de tension se libère à son rythme, tout comme une livre de beurre qui se laisse dégeler progressivement à température ambiante. Cette image me fait sourire intérieurement, mais elle est juste – la chaleur de mes mains, la qualité de ma présence offrent l’environnement où les tissus peuvent naturellement retrouver leur souplesse.

    Mes mains proposent, explorent maintenant un rythme plus ample, créant une vague de mouvement qui se propage à travers tout son corps. Le rythme s’accélère légèrement, puis ralentit. Je sens que ses tissus commencent à fondre sous mes mains. « Comment ça peut être plus léger ? Comment ça peut être plus libre ? » Ces questions silencieuses guident mon toucher.

    C’est fascinant d’observer comment le corps répond quand on lui donne l’espace et le temps pour s’exprimer. Sans forcer, sans brusquer, sans imposer ma volonté ou ma technique. Simplement en étant présent et en suivant ce dialogue tactile.

    Il y a ce moment, cette pause – mes mains se reposent un instant. Ni elle ni moi ne bougeons. Moment d’intégration, diraient certains. C’est dans ces instants suspendus que je sens le plus intensément cette conversation silencieuse. Parfois, c’est un tremblement intérieur qui fait surface, le non mouvement laisse de la place à un spasme pour s’exprimer, comme si nos systèmes nerveux se synchronisaient, comme si une forme de communication plus ancienne que les mots prenait le relais.

    Je me rappelle les enseignements de Wilhelm Reich sur l’armure caractérielle – ces couches de tensions musculaires chroniques qui enferment les émotions. Sous mes doigts, je sens une de ces cuirasses commencer à se dissoudre tout en douceur, harmonieusement, parce que je ne force rien, je laisse la place. Je me souviens d’une cliente qui s’est mise à rire durant cette pause. Elle a dit : « C’est comme si je flottais dans l’eau. » Ça ne se serait jamais produit si je l’avais saoulée de mouvements consécutifs sans pause. L’impact du « rien », c’est ça.

    J’ai remarqué une résistance subtile dans son bras droit, je propose un mouvement qui rencontre cette résistance, une réticence à lâcher prise, elle se protège, mais de quoi ? Je ne sais pas. Plutôt que d’insister, je diminue l’amplitude, comme si je chuchotais plutôt que de crier « Tu dois relâcher. » Avez-vous déjà essayé de chuchoter à votre chat ? Il tend l’oreille, devient réceptif, intéressé. C’est exactement comme ça que j’approche la tension : l’invitant à relâcher, à écouter mon message tactile plutôt que d’entrer en bataille avec la tension qui résulte dans un réflexe de protection.

    Cette danse intuitive où chaque mouvement répond au mouvement précédent dans une chorégraphie qui s’écrit à mesure qu’elle se déploie. Cet état mental que j’affectionne et ma cliente le ressent.

    À mi-séance, le changement dans le schéma corporel de Claire est remarquable. Cette asymétrie des épaules que j’avais notée à son arrivée s’est considérablement atténuée comme par magie, son corps reprend « sa » place. Sa respiration est maintenant profonde, régulière. Son visage s’est détendu, les plis d’inquiétude entre ses sourcils se sont estompés. La coquille de tensions commence à craquer.

    Je passe aux jambes, avec cette sensation étrange et familière que mes mains savent exactement où aller, à quel rythme bercer cette magnifique jambe. J’observe sans intention comment la vague s’étend peu à peu jusqu’à la tête, créant une sensation d’intégration et d’unité. Les ondulations, tout comme les vagues de la mer, se répandent de plus en plus dans le corps qui s’abandonne, qui se laisse charmer par le doux rythme de l’océan.

    C’est dans ces moments que je sens le plus profondément cette vérité qui guide ma pratique : mes mains sont plus intelligentes que mon mental. Elles perçoivent les micro-tensions, les flux d’énergie, les blocages subtils que mon esprit rationnel ne pourrait jamais détecter. C’est comme jouer … En pratique, c’est ce que je fais depuis le début.

    Lorsque la séance approche de sa fin, comme une conversation qui arrive naturellement à sa conclusion, les mouvements deviennent plus légers, plus espacés. Les ondulations ont fait leur effet d’apaisement sans que je n’aie rien fait d’autre qu’écouter, répondre, dialoguer avec respect des limites. Je termine par un contact simple sur le front.

    Claire reste quelques minutes en silence sur la table après la fin du massage. Je me retire pour lui laisser cet espace d’intégration tellement savoureux. Quand elle se redresse enfin, je suis frappé par la transformation. Sa posture est plus ouverte, plus ancrée. Son regard est clair, présent. Le tout sans que je n’aie rien « fait ».

    « J’ai senti que vous écoutiez vraiment mon corps. » Je souris. Ce n’était pas moi qui écoutais, ce sont mes mains qui ont mené cette conversation silencieuse. Elles ont dansé avec ses tissus, ses tensions, ses résistances. Elles ont parlé un langage plus ancien que les mots. Ce que j’ose appeler le premier langage, car c’est avec la peau que s’établit le premier contact avec le monde à la naissance : retourner à la source.

    Après son départ, je prends quelques minutes pour noter ces observations. Chaque séance est unique, chaque corps raconte une histoire différente. « Normal ! », me direz-vous, personne n’a les mêmes tensions musculaires. Je vous réponds que personne n’a le même ensemble de tensions psycho-corporelles. Si j’accepte comme massothérapeute qu’il y a plus que des muscles à prendre soin, si je m’ouvre, une autre dimension devient accessible. L’approche intuitive que j’ai développée au fil des années me permet d’entrer dans cette conversation silencieuse avec une présence totale.

    Je repense à ma formation initiale, où je m’accrochais tellement aux protocoles, aux techniques. Aujourd’hui, je comprends que la véritable maîtrise commence lorsque l’on accepte de lâcher prise, de faire confiance à cette intelligence des mains, à cette sagesse du toucher.

    Ce que je fais n’est pas seulement une technique, c’est une philosophie du toucher. Cette approche m’a appris que le corps ne ment jamais. Il raconte toujours sa vérité à qui sait l’écouter. Et parfois, pour vraiment écouter, il faut se taire et laisser parler ses mains.

  • Chronique juin 2025: Un corps sans âge, sans étiquette

    Une réflexion sur habiter son corps

    Un corps sans âge - Revuemajulie

    UN CORPS SANS ÂGE

    «An ageless body is one that gracefully moves through space. 
    It remains true to its wave nature with movements that are flowing and confident, not rigid and cautious. »

    Milton Trager m.d.

    Traduction : 
    « Un corps intemporel est celui qui se déplace avec grâce dans l’espace.
     
    Il reste fidèle à sa nature ondulante avec des mouvements fluides et confiants, non pas rigides et circonspects.
     »
    Milton Trager m.d.

    La vie est mouvement

    Le corps intemporel, un corps sans âge n’est pas celui qui défie les années, mais celui qui embrasse sa véritable nature : celle du mouvement perpétuel. Nous avons tendance à oublier que nous sommes des êtres de mouvement, conçus pour onduler, flotter, danser avec l’existence. Trop souvent, nous nous retrouvons prisonniers de schémas corporels rigides, façonnés par nos modes de vie sédentaires, nos expériences désagréables et nos habitudes restrictives qui se sont inscrites inconsciemment dans notre physique en réflexes de protection.

    Quand le mouvement devient calcul

    Cette rigidité n’est pas simplement physique ; elle reflète une approche mentale du mouvement. Nous développons une relation précautionneuse avec notre corps, le traitant comme une machine fragile qu’il faut protéger plutôt que comme un instrument naturel de l’expression de la vie. Cette attitude circonspecte se manifeste dans chacun de nos gestes : la façon dont nous nous levons le matin, dont nous marchons dans la rue, dont nous interagissons avec notre environnement. Nos mouvements deviennent calculés, mesurés, tout à l’opposé de leur spontanéité originelle.+

    L'enfant comme modèle

    Pourtant, il suffit d’observer un enfant pour comprendre ce qu’est véritablement le mouvement naturel. Les enfants ne « décident » pas de bouger – ils sont le mouvement. Leurs gestes sont fluides, spontanés, expression pure de leur élan vital. Ils n’analysent pas leurs mouvements, ne les jugent pas, ne les contraignent pas dans des schémas préétablis. Cette liberté de mouvement est notre état naturel, notre héritage oublié.

    La qualité de la présence

    Le corps sans âge est celui qui retrouve cette liberté primordiale. Ce n’est pas une question d’âge chronologique, mais de qualité de présence (1) tant de la part du thérapeute que de la personne qui reçoit.. Quand nous bougeons avec fluidité, nous transcendons le temps linéaire pour entrer dans un espace où chaque geste est une célébration de l’instant présent. Les mouvements fluides et confiants émergent d’une conscience corporelle éveillée, d’une écoute profonde de nos sensations.

    Le corps comme rivière

    Cette fluidité naturelle n’est pas un don réservé à quelques-uns, mais un potentiel inhérent à chaque être humain. Notre corps est naturellement ondulant, ces ondulations ont un impact thérapeutique, comme l’eau d’une rivière qui s’adapte à chaque contour sans perdre sa nature essentielle. Les tensions, les rigidités que nous accumulons sont comme des barrages qui entravent ce flux naturel. La voie de l’eau, voie de fluidité, est ouverte, les barrages peuvent être dissous, permettant au mouvement de retrouver sa liberté originelle.

    Retrouver la fluidité

    La question qui se pose alors est : comment retrouver cette fluidité naturelle ? Comment libérer notre corps des contraintes qui l’emprisonnent pour lui permettre de retrouver sa grâce innée ? C’est ici que les ondulations thérapeutiques du Trager®  apportent une réponse particulièrement pertinente. Cette méthode allie douceur et profondeur en utilisant des mouvements rythmiques et des bercements pour rappeler au corps sa nature ondulante fondamentale.

    Proposer plutôt qu'imposer

    Un massothérapeute en approche psycho-corporelle ne forcera pas le corps à changer, il l’invite plutôt à se souvenir. Il est un accompagnant qui propose des mouvements respectueux et des touchers attentifs (2). Il crée un dialogue avec le système nerveux, permettant au corps de relâcher ses tensions profondes et de redécouvrir sa capacité naturelle à se mouvoir avec aisance et grâce. Votre praticien œuvre dans un état semblable à la méditation, un état de réceptivité, de dialogue au-delà du mental (sujet d’une future chronique). Cette approche ne vise pas à « corriger » le corps, mais à l’accompagner dans un processus vers sa sagesse innée.

    Un voyage de retour 

    Ainsi, le corps intemporel est une possibilité bien réelle qui sommeille en chacun de nous. À travers des approches comme le Trager, ou encore le massage Momentum, nous pouvons entreprendre ce voyage de retour vers notre nature fluide et confiante, libérée des rigidités et des appréhensions qui entravent notre expression naturelle. (3)

    Louis-Michel, massothérapeute, pratique le Trager depuis 1997 et le Momentum depuis 2004.

    Références :

    • Revue Ma Julie, L’art de la présence, t. 7, vol. 11
    • Revue Ma Julie, L’art du toucher, t.7, vol. 6
    • Revue Ma Julie, Prisonnier de son corps,7, vol.7
la main therapeutique
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