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  • Chronique juillet 2026

    Journal d'un massothérapeute ch. 3

    Ma tête voulait dormir…

    Ma cliente est arrivée, rien de spécial. C’est la deuxième fois qu’elle vient.
    Avant son premier rendez vous elle s’était renseigné, fait ses recherches sur le web.
    Elle a
    trouvé mon profil, La Main Thérapeutique, ma présentation plutôt courte, les approches que
    je pratique et probablement aussi la proximité.
    En entrevue pré massage, elle me dit chercher un moyen de diminuer la pression du
    stress, son travail est très demandant. Nous avons jasé, peut être trop longtemps, peut être
    pas, nous avons pu établir le cadre, l’atmosphère. Sa demande principale, arriver à relaxer, à
    mieux dormir. De son propre aveu, elle est d’un naturel nerveux, elle se réveille au moindre
    bruit insolite. Clairement un stress vécu de l’intérieur, une sensibilité originant dans
    l’enfance ? Peut-être. Son deuxième but une épaule légèrement douloureuse.
    Je ris toujours quand le client cherche un problème physique comme pour justifier un
    massage. C’est inscrit dans l’esprit de bien des gens que la massothérapie c’est pour les
    problèmes musculaires, comme si on avait pas de tensions du système nerveux.
    Ça me
    rappelle un client de retour de son travail à la baie James avant le congé des fêtes. « On a dû
    mettre les bouchées doubles, fermer les « jobs » mais ouf …
    ET sa question « tu peux rien
    faire pour ce qu’il y a entre les oreilles? »
    et moi de répondre « tu pourrais être surpris »,
    mais
    revenons au présent.
    Je dis souvent « tsé t’a pas besoin de justification pour prendre un massage » juste
    que ça te fait du bien. Pas besoin de se justifier, de trouver une raison.
    Ça me fait penser, il y a plusieurs années un client demandait à un confrère :
    ça fait tu
    juste du bien recevoir un massage?
    Sa réponse toute candide : c’est déjà pas mal.

    Tout ce qu’elle a reçu comme massage, comme soin corporel auparavant, c’était,
    disons poliment plutôt vigoureux et elle m’a dit d’emblée qu’elle n’aime pas ça.
    Revenons en arrière. Lors de son premier rendez-vous elle était un peu surprise de
    pouvoir recevoir un massage et demeurer vêtue, t shirt + legging. Perception légitime car il y
    a peu de techniques le permettant. Pourquoi je dis massage? Je n’ai pas de traduction
    adéquate pour « bodywork », travail corporel? Ça fait bizarre, soin corporel? Ça pourrait être
    chez une esthéticienne …. alors à défaut de mieux : massage.
    Alors passons à l’action.
    Je commence, j’observe au début son schéma corporel, comment son corps se
    dépose sur la table, comment est la respiration, ce sont mes points de repère. Observer
    avant de juger, observer si son corps exprime la même chose que ses paroles.
    Peut-être que
    le cri de son épaule masque autre chose, peut-être pas.
    Elle est habituée aux massages vigoureux, son corps est évidemment un peu sur ses gardes.
    Prise de contact : exactement le mot, contact, juste poser les mains, écouter.
    Les
    manœuvres de prise de contact, exploratoires à la recherche prudente, ça apprivoise.
    Dans
    ma tête :« bonjour, bienvenue, comment ça va dans ce corps? » avec le même respect
    qu’une discussion amicale. Ça me fascine toujours de voir un massothérapeute quasiment
    sauter sur le client, les mains à peine déposées qui commencent à appliquer la recette.
    Juste quelques mouvements, suggérer à l’épaule de baisser, ressentir l’élastique sous
    la douce pression de mes mains, les pattes de chat dirons nous, petits bercements de la tête.
    Et c’est comme si son corps venait de comprendre qu’il peut relâcher.
    On dirait que ma table
    participe au massage.
    Bizarre ce que j’ai moi même ressenti, comme si la tension était 
    descendue d’un étage.
    Comme si un nuage noir de stress venait de partir.
    Comme si son
    système nerveux venait de baisser la garde.
    Peu à peu des tensions relâchent, couche par couche, comme une livre de beurre qui
    dégèle, et non elle n’a pas dormi, sa respiration a changé,
    elle est maintenant plus fluide,
    comme une belle vague.
    C’était ça sa première séance, tout au long un dialogue relaxant ou
    une danse.
    Sa deuxième séance : je n’ai pas demandé la suite tout de suite comment ça allait,
    juste observer, ressentir son non verbal. J’ai laissé le « ça va » flotter dans l’air de la salle,
    comme on laisse une note résonner avant d’en jouer une autre.
    J’y reviendrai.
    On parle souvent du massage comme d’une technique.
    Un ensemble de manœuvres,
    une séquence, un protocole.
    Comme si le corps du client était un problème à résoudre, et les

    mains du praticien, les outils de la solution.
    La question n’est pas qu’est-ce qui ne va pas,
    la
    question c’est comment ça peut mieux aller?

    Si on changeait d’image ?

    Imaginez un chef d’orchestre. Il ne joue d’aucun instrument — ou si peu. Il n’impose
    pas la musique, il l’oriente. Il écoute l’ensemble avant d’entendre chaque pupitre.
    Il sait quand
    laisser le hautbois respirer, quand les cordes peuvent s’élancer,
    quand le silence est plus
    éloquent que le son.
    Sa baguette propose. Elle ne force jamais.

    Les ondulations thérapeutiques c’est cette symphonie qui parle de cette musique.
    Sur la table, il n’y a pas de partition écrite. Pas de mesures préétablies. Ce qui se
    passe entre les mains et le tissu ne ressemble pas à Beethoven, ça tient plus de musiciens
    qui « jamment » ensemble, chacun répondant à l’autre dans une belle complicité.
    Miles Davis disait que les notes qu’on ne joue pas sont aussi importantes que celles que l’on joue.
    Sur la table, c’est le temps d’arrêt après le bercement, l’espace entre deux

    ondulations qui laisse au système nerveux un instant pour goûter. L’improvisation n’est pas
    l’absence de direction, c’est la direction qui reste à l’écoute.
    Le praticien propose le tissu
    répond.
    Quelque chose émerge entre les deux que ni l’un ni l’autre n’aurait pu produire seul.

    C’est un dialogue somatique.

    Les instruments de l’orchestre

    Pour comprendre ce qui se joue dans ce dialogue, il faut connaître ses musiciens. Le
    corps en compte des millions — silencieux la plupart du temps, mais toujours à l’écoute.
    Les mécanorécepteurs : Pacini , Meissner, Ruffini, l’appareil de Golgi, le système
    musculaire, fascial, les afférences CT, cet ensemble c’est l’orchestre de votre corps qui joue
    une symphonie, parfois avec fausses notes à l’occasion vous en conviendrez.
    Les Pacini répondent aux changements rapides, aux vibrations, aux débuts et fins de mouvement.
    Ce sont les percussionnistes — vifs, précis, sensibles au rythme.
    Les
    bercements les allument à chaque oscillation.
    Les Meissner captent le glissement superficiel, les mouvements rythmiques légers sur la peau.
    Ce sont les cordes, sensibles, expressives, premières à chanter quand la main
    effleure.

    Les Ruffini s’éveillent dans la lenteur. L’étirement latéral soutenu, la pression longue et
    douce sur le fascia, c’est leur registre. Ce sont les vents graves, ceux qui tiennent la note
    longtemps, ceux qui font descendre le système nerveux sympathique comme on baisse le
    volume d’un ampli trop longtemps à fond.
    L’appareil de Golgi veille sur les tendons, sentinelles du tonus excessif. Quand
    l’élongation est juste, soutenue, ils envoient un signal d’autorisation : tu peux relâcher. Ce
    sont les contrebasses. On les entend à peine, mais sans eux, tout l’orchestre flotte sans ancrage.
    Chaque mécano récepteur joue une note, a un son différent.
    Le praticien qui connaît
    ses instruments choisit consciemment ou instinctivement le geste qui convoque le musicien
    dont il a besoin.

    Et puis il y a la musique qui berce.

    Pas celle qu’on entend, celle qu’on devient. Quand le rythme des mains trouve le
    rythme du tissu, quand l’ondulation voyage de la main jusqu’à quelque part au fond du bassin
    sans qu’on puisse dire où elle s’arrête quelque chose change dans la nature même de la sensation.
    Elle ne vient plus de l’extérieur. Elle est partout à la fois.

    Le client ne reçoit plus un toucher. Il est enveloppé de sensations.
    Les voies
    nociceptives n’ont plus assez de bande passante pour maintenir le bruit de fond de la douleur
    et de la vigilance. Le système nerveux, submergé d’informations douces et rythmiques, lâche
    prise, non pas parce qu’on lui a demandé, mais parce qu’il n’a plus les ressources pour faire autrement.
    Les nocicepteurs peuvent baisser le ton, la cause diminue peu à peu.

    C’est le parasympathique qui prend le dessus, discrètement, comme une marée montante.
    La tête s’alourdit.
    Et quelque part dans le tissu, dans les fascias libérés, dans les muscles qui ont
    retrouvé leur élasticité, dans les nerfs périphériques qui ont cessé de crier, quelque chose
    d’autre se réveille. Léger. Disponible. Presque joyeux.
    Elle est revenue la semaine suivante. Je lui ai demandé comment ça s’était passé,
    après sa séance, en arrivant à la maison … dans les jours après la séance.
    Elle a réfléchi un moment, pas longtemps.
    « Ma tête voulait dormir, mon corps voulait danser.»
    Je n’ai rien ajouté. Il n’y avait rien à ajouter.
    Huit mots : toute la neurophysiologie, les textes, le dialogue somatique, les
    mécanorécepteurs, les heures de formation, les livres, tout ça dans ces huit mots, dit par
    quelqu’un qui n’avait jamais entendu parler de Ruffini.
    Le corps sait. Il a toujours su.
    «  listen …“only the tissues know.”»-Jean-Pierre Barral, DO, MRO(F), PT
    Notre travail, c’est simplement de leur redonner la parole et les faire danser.

  • Chronique mai 2026 journal d’un massothérapeute ch. 2

    La rencontre avec France

    Journal d’un massothérapeute

    Le rendez vous est cédulé.
    La salle est prête, draps de flanelle (ma cliente est frileuse), chauffe-pieds (frileuse, je l’ai dit).
    La musique? Je sais qu’elle aime la flûte : Terry Oldfield.

    Offrir la musique d’ambiance appropriée, bruit des vagues, crépitement de feu ou même le silence selon le goût du client, c’est une petite attention. Chaleur, musique, confort, c’est en place pour une belle séance.

    France est toute délicate, discrète, on l’entend à peine marcher. Je l’accueille et ouf, je sens un gros nuage. Aujourd’hui elle porte une grande lourdeur : sa posture triste, son corps parle pour ne pas dire qu’il crie en silence.

    « Comment vas-tu ? » « Ça va … », rien d’autre. J’ai envie de dire « s’tu vrai c’te menterie-là ? » J’aime prendre du temps, quelques phrases pour saisir l’état dans lequel mon client arrive. Aujourd’hui elle ne parle pas, mais j’entends ce que les mots ne disent pas.

    France est une personne d’un naturel heureux, ça fait des années qu’elle vient en massage, tantôt pour son dos après avoir aidé une amie à déménager, tantôt après une semaine difficile au travail, burn-out d’une collègue et elle voyait tout cela venir. À mes yeux, la courte entrevue pré-massage est tellement importante pour orienter mon travail et pour établir l’atmosphère de la « conversation sans mots » (1) qu’est une séance de massage. Elle parle peu sauf pour dire qu’elle a un peu froid, qu’elle est fatiguée.

    Après quelques mots assez évasifs, banals, je l’invite à s’installer sur ma vénérable table qui a plus de 20 ans d’expérience. Des fois, je pense qu’elle est vivante, cette table, qu’elle participe à la séance. J’accepte mon doux délire. Je vais laver mes mains, cela accorde à France un moment pour se laisser aller, s’apaiser sous les draps.

    Au retour, les questions machinales : «  Avez vous assez chaud ? »,, « Désirez-vous des coussins sous les genoux ? » (Je commence mes séances client sur le dos), « Est-ce que la musique vous va ? », « Oui, j’aime ça la flûte. »

    (La boîte de mouchoirs est proche, juste au cas où …)

    Des pattes de chat sur ses épaules, c’est raide, je sens toute la retenue. Respiration saccadée, sous contrôle difficile.

    Mes mains, les mouvements de mon corps, sont une forme de langage et les mouvements proposés sont comme des phrases, des questions qui entraînent des réponses que le mental cache parfois par pudeur. Le mouvement est ce langage.

    La danse commence à petits pas avec une partenaire, disons craintive à défaut d’un meilleur terme. Les premiers mouvements sont respectueux, limités à ce qu’elle veut bien m’accorder, à ce qu’elle s’accorde à elle-même.

    Mes mains glissent le long des bras en pensant longueur, « tu es en sécurité pour relâcher ». Ça relâche par à-coups.

    Mon défi, avec mon cœur sensible, est de ne pas embarquer dans sa peine, mon défi est de garder ma distance thérapeutique, car oui ce sera un massage thérapeutique. C’est ici que le mot thérapeutique prend toute sa dimension : il y a des nœuds dans ses muscles, mais aussi ailleurs. Son corps se protège comme s’il venait de recevoir une raclée. C’est tellement évident le rôle des émotions, des sensations.

    Son épaule qui relâche graduellement après quelques effleurements. Son menton qui spasme tellement elle retient ses pleurs … Mes mains savent les mouvements par cœur, ce n’est pas mon mental qui dirige aujourd’hui ; mes mains vont accueillir, discuter, écouter, entendre ce que mes oreilles ne peuvent capter.

    Quelques larmes coulent, je lui donne des kleenex, ça ouvre les écluses. « Je m’excuse », dit-elle entre deux sanglots. « Pas grave, j’ai des parts dans une compagnie de kleenex. » Rire nerveux et « niaiseux », qu’elle me dit. « Au pire, j’ai une chaudière. » «   comique, merci de me faire rire. » Mes mains écoutent, elles entendent …

    Elle n’a pas besoin de m’entendre dire toutes sortes de belles phrases toutes faites, elle a besoin de ressentir, ressentir la profondeur en douceur, aller la rejoindre dans sa profondeur.

    Son cou s’allonge. Cette magnifique tête qui s’abandonne peu à peu aux bercements. La danse commence, lente, délicate, à petits pas timides, hésitants.

    Le thorax, la respiration difficile, j’observe que ses efforts pour bien respirer sont un peu vains. Mon mental sait que relâcher la première côte va faciliter sa respiration ; ce que je veux, c’est ressentir ce petit élastique, cette sensation d’évolution, d’amélioration.

    Viens, on va valser, ça commence à défiger, la vague commence à se propager, le lac dégèle, comme ma fameuse comparaison : la livre de beurre qui dégèle.

    Peu à peu, les ondulations thérapeutiques se répandent respectueusement, sa respiration s’apaise, s’approfondit sans que je n’y aie rien fait, c’est la sensation qui opère. Ses larmes coulent doucement, paisiblement.

    J’ai l’impression de la faire onduler sur un bateau ; quelle belle image je donne à mes mains qui la transmettent à leur tour (2). Ça me touche toujours de ressentir la réponse aux mouvements proposés.

    Et alors, j’imagine cette belle jambe flotter, être bercée et ça entraîne tout le corps dans une magnifique vague de douceur. Un rire un peu figé apparaît sur son visage : « J’ai l’impression que ma jambe flotte. » Je sais alors que la douce valse peut devenir un tango joyeux, une célébration du mouvement.

    Elle se retourne sur le ventre et là on s’amuse, on s’amuse d’une façon sérieuse, une façon sans autre but que de ressentir la joie : bercements, ondulations, pauses pour laisser redescendre le pétillement. Ressentir la vague.

    Sentir le rebond des mollets, ressentir et observer l’ondulation se répandre, c’est un plaisir quasiment égoïste.

    Parfois ça marche pas, mais cette fois, ce corps tendu en protection au début se laisse aller ; à force de ressentir la vague, il est devenu la vague.

    Maintenant la partie pénible de la séance pour elle : revenir sur le dos. Retour sur les épaules, les pattes de chat, allonger le magnifique cou,  bercer la tête avec tendresse. (Dans ma tête : « merci, merci de m’avoir accepté dans ton univers troublé et fragile. »)

    « Prends un moment pour revenir, savoure ces sensations, elles t’appartiennent. Prends tout ton temps, tu as travaillé fort aujourd’hui. Tu peux y revenir à tout moment. »

    Je quitte me laver les mains et je reviens après quelques minutes. «  Ça va ? » « Oui, ça va mieux, je n’arrive pas à décrire … » « Va lire ma chronique du mois d’août : Dialogue sans paroles, tu vas comprendre. »

    Milton Trager disait : « Avant, ce ne sont que des mots, après les mots sont inutiles. »

    En partant, elle retient un câlin. « Merci », sur un ton qui m’en dit pas mal plus que le mot.

    Que s’est-il passé dans sa vie ? Je ne sais pas, je n’ai pas besoin de le savoir. Mes clients me disent ce qu’ils veulent bien me dire, parfois ça fait du bien d’évacuer, parfois c’est le silence qui est réparateur.

    Je sors prendre l’air, ç’a été une grosse séance.

    • Revue ma Julie, juillet 2025, Conversation sans paroles.
    • Revue ma Julie, septembre 2025, La main messagère.
  • Chronique mars 2026: le voyage, la suite

    La suite du ressenti possible ....

    Le voyage intérieur (suite) - Revuemajulie

    Le voyage intérieur, la suite

    Le voyage continue…

    Et là, je n’arrive plus à avoir la moindre pensée. Je suis devenu une poupée de chiffon. Je suis sur le ventre, quel chemin la vague va-t-elle prendre ?

    L’ondulation se fait dans mon mollet, je découvre une sensation nouvelle pour moi qui a le mollet assez raide, plutôt dur… je ressens la liberté s’installer graduellement. Chaque rebond apporte de l’apaisement.

    La vague, cette fameuse vague du Trager, elle se répand, je goûte… Impossible de penser, je suis plongé dans la sensation…

    Le mouvement suivant, (il me dira le nom après), la bicyclette, ça commence par la cuisse qui se met à onduler et ensuite… je ne me suis jamais fait « brasser » le « popotin » de cette manière. Mon postérieur est comme du jello. La vague du jello ? Hi hi hi.

    Louis-Michel appelle le mouvement suivant  « la pâte à pain ». Cela m’amène à observer mon corps, prendre conscience… Les fessiers travaillent fort et là ils acceptent de relâcher et la vague, mais quelle vague, j’ondule de la tête aux pieds, je SUIS devenu la vague.

    Une pause, ça me laisse le temps d’intégrer, la boisson pétillante se calme, drôle de sensation. La vague est toujours présente bien que je ne bouge plus ; bizarre comment les effets durent. La plupart du temps, on me touche tout le temps et là je suis content d’être sans toucher, de prendre ce moment pour être présent à mon corps.

    Le bercement du bassin, quelle merveille de sensation de soulagement au bas du dos et, je me répète, toujours cette ondulation. C’est comme la goutte qui crée des ondes dans l’eau. Les mains qui créent ces ondes sont enveloppantes.

    Mon dos, enfin mon dos. Je ne pensais pas que ce dernier avait autant besoin d’une présence attentionnée.

    Mes chères épaules… celles-ci cachent les racines de mes ailes d’ange, comme le dit Louis-Michel. Les assouplir, donner de l’espace, les « fluffer »  comme on le fait avec autant de légèreté que les plumes de l’oreiller.

    Et que dire de « Chopin », en l’honneur de ce pianiste qui croisait les mains tellement il jouait vite… la vague est partout, à la longueur de mon corps.

    Retour sur le dos, c’est pénible tellement mon corps est relâché.

    Retour au cou, la tête tourne, incroyable à quel point elle tourne, je le sens comme un cou de chouette. Je sens ma tête se promener dans tous les sens. Mais non, je ne perdrai pas la tête.

    Autre pause… laisser le pétillement s’apaiser.

    Il soulève ma tête avec de la tendresse, une infinie lenteur que je ne peux faire autrement que lâcher, en tout respect de mes entorses du passé, du souvenir des limitations qui fondent. Il me dira après que ses mains en coupe ont à peine quitté la table alors que j’ai eu l’impression qu’il l’avait montée très haut, j’avais la tête dans les nuages. Il me dira par la suite que l’image qu’il entretient lors de ce mouvement est justement un nuage qui flotte dans le ciel ; c’est incroyable de constater qu’une image peut se transmettre par la sensation, par la connexion.

    Quelques derniers bercements, un doux étirement pour compléter le tout.

    Le Trager, c’est une présence à mon corps dans le bien-être. Habiter mon corps dans tous ces espaces dont je suis inconscient, dont j’étais inconscient.

    Alors que souvent le corps se manifeste, qu’il nous rappelle sa présence par la douleur, cette séance appelle cette présence dans  le confort. C’est un message que ces vagues envoient à mon corps, message de confiance, d’écoute, le message que je suis accueilli.

    La connexion, pas la correction.

    En résumé, c’est une sensation de paix, de souplesse et de légèreté.

    Curieusement, j’étais très présent et à la fois déconnecté. Comment dire ? 

    « Avant, ce ne sont que des mots. Après, les mots sont inutiles. »
    Dr. Milton Trager

la main therapeutique
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