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  • Chronique octobre 2025: une autre vision

    Réflexions sur le travail corporel souvent appelé massage

    Le massage vu autrement - Revuemajulie octobre 2025

    Le massage vu autrement


    « C’est l’esprit qui va guider le mouvement,
    ce processus débute par le questionnement : 
    comment cela pourrait être plus léger, plus libre, plus souple.»
    Milton Trager m.d.

    Cette citation capture l’essence même du massage Trager®, une approche qui transcende la simple technique pour devenir un véritable art de la connexion corps-esprit. Cette modalité révolutionnaire continue d’inspirer massothérapeutes et clients par sa philosophie unique du toucher conscient, transformant fondamentalement notre conception du massage : non plus un service appliqué sur le client, mais une exploration partagée avec lui.

    Une écoute constante

    Le Trager se distingue par son approche introspective. Contrairement aux techniques plus structurées, il invite le praticien à une écoute constante : que ressent le corps sous mes mains ? Qu’est-ce que je ressens en réponse aux mouvements que je propose ? Comment puis-je accompagner ce tissu vers plus de liberté ?

    Le Dr Trager, vers la fin de sa vie, résumait cette approche en disant : « Ce qui m’intéresse, c’est la réponse des tissus. » Cette phrase révèle la beauté de cette pratique : c’est toujours une découverte à chaque séance pour la personne qui donne. Cette démarche interrogative transforme chaque rencontre en exploration collaborative, un dialogue non verbal entre thérapeute et client.

    Cette philosophie du questionnement n’est pas intellectuelle. Elle s’incarne dans chaque geste, chaque pression, chaque mouvement. Le praticien apprend à suspendre ses automatismes pour s’ouvrir à l’intelligence du corps qu’il touche et à proposer, plutôt qu’imposer, un mouvement.

    Plus léger, le paradoxe de la douceur

    Rechercher ce qui pourrait être « plus léger » semble paradoxal dans un domaine où nous associons souvent l’efficacité à la pression profonde. Pourtant, le Trager et ses ondulations thérapeutiques démontre que la légèreté peut révéler des couches de tension inaccessibles par la force.

    Ida Rolf l’exprimait magnifiquement : « Ce n’est pas comment profond vous allez, c’est comment vous allez profond ». Et rejoindre la profondeur se fait avec douceur. J’aime particulièrement l’analogie du skieur aquatique qui, en tombant, rebondit sur l’eau, alors que le nageur peut descendre en profondeur sans résistance. Cette image illustre parfaitement comment une approche respectueuse des défenses naturelles du corps invite à un relâchement authentique plutôt que forcé.

    Plus libre, l'intelligence du tissu

    L’écoute permet au praticien de percevoir les nuances subtiles du tissu conjonctif, les micro-tensions, les zones de retenue émotionnelle, ces places qui ont enregistré la douleur. Cette sensibilité fine ouvre des possibilités thérapeutiques souvent négligées par des approches plus directes.

    La recherche de ce qui pourrait être « plus libre » guide le praticien vers des mouvements organiques, dépourvus de rigidité technique. Les ondulations thérapeutiques appliquées dans un continuum créent une fluidité qui favorise l’intégration neurologique et émotionnelle.

    Cette liberté se manifeste aussi dans l’absence de protocole fixe, bien qu’une excellente connaissance des manœuvres soit essentielle pour que leur application puisse s’exécuter comme une danse. Chaque séance devient unique, adaptée aux besoins spécifiques révélés par le dialogue tactile. Le praticien apprend à faire confiance à son intuition, développant une forme d’intelligence qui transcende les connaissances purement anatomiques.

    Plus souple, s'adapter plutôt qu'imposer

    Chercher ce qui pourrait être « plus souple » dépasse la simple amélioration de la flexibilité. C’est découvrir que votre corps peut bouger autrement. La souplesse, c’est l’adaptation constante du praticien aux besoins changeants du client. Cette flexibilité permet d’accompagner les processus naturels plutôt que de les imposer.

    La souplesse du praticien se reflète dans sa capacité à ajuster non seulement sa technique, mais aussi son rythme, sa présence, son niveau d’intervention. Cette adaptabilité crée un espace sécurisant où le client peut explorer ses propres ressources de guérison.

    Stress, avez-vous dit ?

    Le stress est devenu si chronique que nous y sommes tellement habitués que nous croyons que c’est un état normal. Une anecdote illustre parfaitement cette réalité : une amie qui avait pris sa retraite, il y a environ deux ans, a accepté un petit retour au travail, un court contrat. Au sortir d’un été passé en grande partie à leur camp de chasse, elle a constaté en reprenant le collier : « Et je vivais ça comme pression de travail ! »

    Cette déconnexion corporelle nous permet justement de vivre le stress comme une normalité. Une approche douce offre des outils particulièrement pertinents pour au moins faire une pause salutaire, pour ne pas se perdre de vue dans tout ce brouhaha. Sa philosophie du questionnement encourage les clients à développer leur propre conscience corporelle, créant des bénéfices durables au-delà de la séance.

    Une pratique qui enrichit le praticien

    Les praticiens rapportent que cette approche enrichit considérablement leur pratique, réduisant leur fatigue professionnelle et approfondissant leur satisfaction thérapeutique. Puiser dans leurs ressources intuitives tout en maintenant la rigueur professionnelle devient leur nouvelle norme.

    La qualité de la présence avant la technique

    La véritable maîtrise réside moins dans l’accumulation de techniques que dans la qualité de présence et d’écoute. Il invite chaque praticien à cultiver un état d’esprit ouvert, curieux, constamment en recherche de ce qui pourrait permettre plus de légèreté, de liberté et de souplesse.

    Cette manière d’être transforme fondamentalement la relation thérapeutique, faisant du massage non plus un service appliqué sur le client, mais une exploration partagée vers un mieux-être authentique et durable. Dans cette danse à deux, praticien et client deviennent co-créateurs d’un espace de guérison où l’esprit guide véritablement le mouvement.

    Tous droits réservés © Louis-Michel Martel 2025

  • Chronique septembre 2025: les mains portent un message

    Une réflexion sur le message que les mains envoient au corps en massage

    La main, messagère de liberté - Revuemajulie

    La main, messagère de liberté

    « The Trager® Approach is a hands-on approach in which my mind transmits a message of lightness or freedom to my hands, which are working on the tissues of my patient. »
    Milton Trager, M.D.

    « L’Approche Trager® est une méthode manuelle où l’esprit du praticien insuffle un message de légèreté et de liberté à travers ses mains,
    qui, à leur tour, oeuvrent sur les tissus du receveur. »
    Milton Trager m.d.

    Autrement dit, un toucher attentif, sans volonté de corriger, mais porté par un élan : celui de transmettre une sensation de légèreté et de liberté.

    L'écoute avant l'action

    Mon souhait, à travers ce toucher, est d’offrir un soulagement physique à la personne que j’accompagne, mais aussi — et peut-être surtout — de lui permettre de ressentir son corps avec plus de vivacité, plus de clarté, plus de liberté.

    Il est courant de venir consulter pour soulager des tensions : douleurs musculaires, crispations nerveuses liées au stress. Dès que je pose mes mains, ma première intention n’est pas d’agir, mais d’écouter. D’entendre ce que les mots ne disent pas (1). C’est le début d’une conversation silencieuse : l’écoute. Puis, tout doucement, un dialogue s’installe. Comme dans cette phrase que j’aime tant : « Mes mains insufflent un message de légèreté et de liberté. »

    Souvent, la raison initiale de la consultation – cette douleur dans…, ce tiraillement au niveau de… – diminue d’elle-même, parfois sans qu’on s’y attarde directement. Car ce que je transmets ne passe pas par le langage verbal, mais par la qualité de présence. C’est un message silencieux, mais perceptible, un état intérieur qui se traduit via le toucher, par ma manière d’entrer en relation avec les tissus.

    Simplement être là

    Je veux que la personne se sente accueillie, sans pression, sans attente. Qu’elle n’ait rien à prouver, rien à performer, rien à endurer. Qu’elle puisse simplement être là, telle qu’elle est, dans l’instant. Que son corps aussi puisse faire une pause, desserrer ses mécanismes de défense, et s’ouvrir à une autre possibilité : quelque chose de plus doux, plus fluide, plus vivant.

    La main qui suggère

    Ma main ne pousse pas. Elle ne force rien. Elle invite. Elle évoque. À travers ce toucher, je transmets un état d’esprit, un climat intérieur. Lorsque je suis calme, curieux, ouvert, alors mon toucher devient le prolongement naturel de cette qualité. Ce n’est pas une technique que j’applique de l’extérieur, mais une relation subtile entre deux mondes sensibles.

    Le corps qui s'apaise

    La main, ici, ne manipule pas : elle communique. Elle dit au corps : « Je suis là, je t’écoute, je ne te juge pas. » Comme un enfant qui exprime sa douleur se calmera lorsqu’il se sent écouté, le corps entend ce message : je t’écoute. Et lorsqu’il est sincère, il touche quelque chose de profond, d’archaïque même : le besoin fondamental de se sentir en sécurité, reconnu, respecté.

    La confiance ne se décrète pas 

    Avec le temps, j’ai appris que le corps devient bien plus réceptif lorsqu’il se sent en confiance. Et cette confiance ne se décrète pas. Elle ne se force pas. Elle émerge… d’elle-même. Elle naît de l’intention, de la qualité de présence, de l’absence de jugement.

    Lorsque je pose mes mains avec cette attention calme et bienveillante, c’est comme si je donnais aux tissus la permission d’exister autrement. Je ne cherche pas à les corriger. Et pourtant, c’est précisément cette absence d’intention corrective qui permet le changement. Le système nerveux perçoit cette neutralité, cette absence de menace, et s’apaise. Il commence à écouter mes mouvements.

    Le nerf avant le muscle 

    N’oublions pas que ce sont les nerfs qui commandent les muscles. Un toucher respectueux, doux, peut apaiser le système nerveux, et c’est alors tout le corps qui commence à se réorganiser, parfois même dans des zones que je n’ai pas touchées.

    Une fluidité retrouvée

    Mon souhait est que la personne reparte non seulement avec un soulagement physique, mais aussi avec une sensation plus vaste : celle d’avoir été profondément respectée, dans toutes les dimensions de son être. Et peut-être, ne serait-ce qu’un instant, d’avoir retrouvé cette qualité oubliée : une fluidité intérieure.

    (1) Revue ma Julie, tome 8, vol 1, Juillet 2025.

  • Chronique août 2025: la profondeur en massage

    Une réflexion sur ce que peut être la profondeur dans une approche corporelle
    Massage profond - Revuemajulie  lien vers la revue

    Massage profond
    It is not how deep you go
    it is how you go deep

    (Ida Rolf)
    Ce n'est pas à quel point vous allez profond
    c'est la manière d'aller profond (qui compte)

    Il existe une sagesse ancienne qui traverse les siècles et transforme notre compréhension du toucher thérapeutique, des thérapies corporelles. Ida Rolf, visionnaire du mouvement corporel, nous a légué cette perle : « Ce n’est pas à quelle profondeur vous allez, c’est comment vous allez en profondeur. » Ces mots résonnent comme une invitation à repenser entièrement notre approche du massage, « massage » étant pris ici dans son sens large incluant les approches, les thérapies corporelles, « bodywork »..

    Quand la force devient obstacle

    Imaginez un instant que le massage soit semblable à la cuisine. Un plat saturé d’épices est-il nécessairement plus nourrissant qu’une préparation délicate et équilibrée ? La réponse est évidente. Pourtant, une croyance tenace persiste dans l’univers du massage : plus c’est intense, plus c’est efficace. Plus le thérapeute appuie fort, mieux c’est.

    Cette conception erronée traverse les générations, adoptée autant par les clients que par certains praticiens. Le résultat ? Un cercle vicieux où la douleur devient le baromètre de l’efficacité. Mais que se produit-il réellement lorsqu’on force les tissus ? Le corps, dans sa sagesse innée, active ses mécanismes de défense. Il se contracte, se raidit, s’oppose à cette intrusion. Soulagement temporaire, le vieux schéma va revenir (1). C’est l’inverse de ce que nous recherchons.

    Milton Trager l’exprimait avec une clarté lumineuse : « C’est la façon dont je touche et non la technique qui est importante. » (2) Cette phrase révèle l’essence même de cette approche. Parfois, un chuchotement porte plus loin qu’un cri. Parfois, un toucher doux et précis atteint des profondeurs qu’aucune pression forte ne saurait rejoindre.

    L’intelligence du toucher

    Nos mains possèdent une intelligence propre (2), une capacité innée à percevoir et à communiquer qui dépasse largement notre compréhension rationnelle. Cette intelligence tactile se développe à travers l’expérience, mais elle ne peut s’épanouir que dans un terreau fertile : celui de la présence consciente.

    Un toucher véritablement conscient, respectueux et observateur déploie ses effets bien au-delà des muscles. Il influence le système nerveux, apaise l’état émotionnel, éveille la conscience corporelle et nourrit le sentiment de sécurité. C’est dans cette qualité de présence que se révèle notre véritable expertise, transformant un geste technique en authentique rencontre thérapeutique.

    Tom Myers, figure emblématique du travail corporel, témoigne de cette vérité : il raconte avoir reçu un soin profond lors d’une séance de thérapie crânio-sacrée, technique qui utilise des pressions aussi légères que le poids d’une pièce de monnaie. La profondeur n’était pas dans la force, mais dans la qualité de l’intention et de la présence. (3)

    La rencontre avec l’être entier

    Ida Rolf nous rappelle une vérité fondamentale : « Un être humain est un tout qui est plus grand que la somme de ses parties. » Cette perspective transforme radicalement notre approche. Il ne s’agit plus seulement de traiter des muscles ou des articulations à l’endroit des douleurs, mais de rencontrer une personne dans sa globalité. Il s’agit AUSSI plus concrètement de voir comment le client peut lui aussi écouter en observant ce qui cause ses douleurs.

    L’écoute devient alors notre premier outil. Prendre le temps d’observer au-delà des mots ce qui se déploie vraiment. Percevoir non seulement les besoins physiques, mais aussi le poids du stress, le fardeau des responsabilités (4), la douleur d’une maladie, et mille autres nuances qui composent l’expérience humaine.

    Dans cette approche, inspirée du massage momentum, il s’agit d’abord d’observer le schéma corporel sans vouloir changer quoi que ce soit au départ. Simplement entrer en contact, créer un espace de confiance où la transformation peut naturellement émerger.

    La magie de la présence authentique

    Quand la qualité du toucher s’unit à une présence authentique, quelque chose de magique se produit. Les tensions se relâchent non par contrainte, mais par invitation. Les tissus s’ouvrent, se détendent, retrouvent leur vitalité naturelle. Le corps se réorganise de l’intérieur, selon sa propre sagesse.

    C’est le toucher conscient (3) soutenu par une compétence physiologique, sans que celle-ci ne domine la séance. Le toucher enveloppant guidé par la technique. Le toucher joyeux aussi, car notre façon de concevoir et de parler du soin influence profondément l’expérience de celui qui le reçoit.

    Une leçon pour la vie

    Cette sagesse du massage profond nous enseigne quelque chose de plus vaste. Dans nos existences, nous cherchons souvent à aller vite, à forcer les choses, à obtenir des résultats par la seule intensité de nos efforts. Ida Rolf nous rappelle qu’il existe une autre voie : celle de la qualité, de la présence, de l’écoute patiente.

    Finalement, que ce soit dans le massage profond ou dans l’existence, la véritable profondeur n’est pas une question de force. Elle est une question d’art, de finesse, de respect du rythme naturel de la vie. C’est dans cette approche que se révèle la beauté du toucher qui soigne : non pas comme une technique à appliquer, mais comme une rencontre à célébrer.

    ___________________________________________________________
    (1) Les schémas : Revue ma Julie, tome 7, volume 8, février 2025.
    (2) Art du toucher : Revue ma Julie, tome 7, volume 6, décembre 2024.
    (3) Art de la présence : Revue ma Julie, tome 7, volume 11, mai 2025. 
    (4) Journal d’un masso : Revue ma Julie, tome 8, volume 1, juillet 2025.

  • Chronique juillet 2025: Journal d’un massothérapeute

    Une réflexion sur ce qu'un massothérapeute observe: Le langage du corps

    Une conversation sans mots - Revuemajulie[

    Journal d’un massothérapeute :

     une conversation sans mots

    Claire franchit la porte de mon bureau cet après-midi, son corps racontant déjà toute une histoire avant même que ses lèvres ne s’entrouvrent. Son épaule droite, sa démarche mesurée, presque prudente, montrent au monde toute cette douleur intérieure qu’elle porte. Lors de l’interview préliminaire, j’écoute ses demandes verbales tout en observant ce langage plus subtil que son corps exprime. Je l’invite à s’allonger sur la table avec ma vieille blague habituelle : « Ma table a tellement d’expérience qu’elle va commencer pendant que je me retire pour me laver les mains. » Un sourire timide apparaît sur son visage. La salle est baignée d’une lumière douce et, avec son accord, je propose le bruit des vagues plutôt qu’une musique – ce rythme éternel qui nous rappelle que tout est mouvement, que tout est flux et reflux. Je laisse un certain choix à mes clients : silence pour être à l’écoute de leur intérieur, musique, son d’un feu qui crépite, les vagues, le chant des baleines.

    Je l’invite à s’allonger sur la table avec ma vieille blague habituelle :
    « Ma table a tellement d’expérience qu’elle va commencer pendant que je me retire pour me laver les mains. » Un sourire timide apparaît sur son visage. La salle est baignée d’une lumière douce et, avec son accord, je propose le bruit des vagues plutôt qu’une musique – ce rythme éternel qui nous rappelle que tout est mouvement, que tout est flux et reflux. Je laisse un certain choix à mes clients : silence pour être à l’écoute de son intérieur, musique, son d’un feu qui crépite, les vagues, le chant des baleines.

    De retour auprès d’elle, je pose mes mains. Je ne « fais » pas encore, je suis simplement présent. J’écoute. Ses tissus me parlent d’histoires que les mots ne savent pas raconter. Une contraction ici, une résistance là. Mon mental voudrait déjà planifier, analyser, mais aujourd’hui, je choisis de laisser mes mains mener la danse. J’entre en contact dans un état réceptif, d’écoute ; un dialogue ne commence-t-il pas par l’écoute ?

    Je prends le poids de sa tête sans autre mouvement. Je propose un léger bercement, son corps répond, le dialogue commence. Et la danse s’amorce : « It takes two to tango ». Milton Trager disait : « Ce qui m’intéresse, c’est la réponse des tissus. » Cette phrase guide ma pratique chaque jour.

    Les premiers mouvements sont comme une valse lente. Je sens sa respiration s’approfondir. Son corps commence à s’abandonner, millimètre par millimètre, la carapace protectrice commence à fondre. Je remarque un mouvement qui passe moins bien. Mes mains s’y attardent, non pas avec l’intention de « réparer », mais d’écouter. Sans chercher à comprendre, sans jugement, j’observe. J’entre en conversation avec cette résistance, lui proposant de relâcher, selon son chemin, ce qu’elle a pris comme fardeau. En anglais, on dit « unwinding », comme le ressort du vieux cadran qui lâche.

    Chaque couche de tension se libère à son rythme, tout comme une livre de beurre qui se laisse dégeler progressivement à température ambiante. Cette image me fait sourire intérieurement, mais elle est juste – la chaleur de mes mains, la qualité de ma présence offrent l’environnement où les tissus peuvent naturellement retrouver leur souplesse.

    Mes mains proposent, explorent maintenant un rythme plus ample, créant une vague de mouvement qui se propage à travers tout son corps. Le rythme s’accélère légèrement, puis ralentit. Je sens que ses tissus commencent à fondre sous mes mains. « Comment ça peut être plus léger ? Comment ça peut être plus libre ? » Ces questions silencieuses guident mon toucher.

    C’est fascinant d’observer comment le corps répond quand on lui donne l’espace et le temps pour s’exprimer. Sans forcer, sans brusquer, sans imposer ma volonté ou ma technique. Simplement en étant présent et en suivant ce dialogue tactile.

    Il y a ce moment, cette pause – mes mains se reposent un instant. Ni elle ni moi ne bougeons. Moment d’intégration, diraient certains. C’est dans ces instants suspendus que je sens le plus intensément cette conversation silencieuse. Parfois, c’est un tremblement intérieur qui fait surface, le non mouvement laisse de la place à un spasme pour s’exprimer, comme si nos systèmes nerveux se synchronisaient, comme si une forme de communication plus ancienne que les mots prenait le relais.

    Je me rappelle les enseignements de Wilhelm Reich sur l’armure caractérielle – ces couches de tensions musculaires chroniques qui enferment les émotions. Sous mes doigts, je sens une de ces cuirasses commencer à se dissoudre tout en douceur, harmonieusement, parce que je ne force rien, je laisse la place. Je me souviens d’une cliente qui s’est mise à rire durant cette pause. Elle a dit : « C’est comme si je flottais dans l’eau. » Ça ne se serait jamais produit si je l’avais saoulée de mouvements consécutifs sans pause. L’impact du « rien », c’est ça.

    J’ai remarqué une résistance subtile dans son bras droit, je propose un mouvement qui rencontre cette résistance, une réticence à lâcher prise, elle se protège, mais de quoi ? Je ne sais pas. Plutôt que d’insister, je diminue l’amplitude, comme si je chuchotais plutôt que de crier « Tu dois relâcher. » Avez-vous déjà essayé de chuchoter à votre chat ? Il tend l’oreille, devient réceptif, intéressé. C’est exactement comme ça que j’approche la tension : l’invitant à relâcher, à écouter mon message tactile plutôt que d’entrer en bataille avec la tension qui résulte dans un réflexe de protection.

    Cette danse intuitive où chaque mouvement répond au mouvement précédent dans une chorégraphie qui s’écrit à mesure qu’elle se déploie. Cet état mental que j’affectionne et ma cliente le ressent.

    À mi-séance, le changement dans le schéma corporel de Claire est remarquable. Cette asymétrie des épaules que j’avais notée à son arrivée s’est considérablement atténuée comme par magie, son corps reprend « sa » place. Sa respiration est maintenant profonde, régulière. Son visage s’est détendu, les plis d’inquiétude entre ses sourcils se sont estompés. La coquille de tensions commence à craquer.

    Je passe aux jambes, avec cette sensation étrange et familière que mes mains savent exactement où aller, à quel rythme bercer cette magnifique jambe. J’observe sans intention comment la vague s’étend peu à peu jusqu’à la tête, créant une sensation d’intégration et d’unité. Les ondulations, tout comme les vagues de la mer, se répandent de plus en plus dans le corps qui s’abandonne, qui se laisse charmer par le doux rythme de l’océan.

    C’est dans ces moments que je sens le plus profondément cette vérité qui guide ma pratique : mes mains sont plus intelligentes que mon mental. Elles perçoivent les micro-tensions, les flux d’énergie, les blocages subtils que mon esprit rationnel ne pourrait jamais détecter. C’est comme jouer … En pratique, c’est ce que je fais depuis le début.

    Lorsque la séance approche de sa fin, comme une conversation qui arrive naturellement à sa conclusion, les mouvements deviennent plus légers, plus espacés. Les ondulations ont fait leur effet d’apaisement sans que je n’aie rien fait d’autre qu’écouter, répondre, dialoguer avec respect des limites. Je termine par un contact simple sur le front.

    Claire reste quelques minutes en silence sur la table après la fin du massage. Je me retire pour lui laisser cet espace d’intégration tellement savoureux. Quand elle se redresse enfin, je suis frappé par la transformation. Sa posture est plus ouverte, plus ancrée. Son regard est clair, présent. Le tout sans que je n’aie rien « fait ».

    « J’ai senti que vous écoutiez vraiment mon corps. » Je souris. Ce n’était pas moi qui écoutais, ce sont mes mains qui ont mené cette conversation silencieuse. Elles ont dansé avec ses tissus, ses tensions, ses résistances. Elles ont parlé un langage plus ancien que les mots. Ce que j’ose appeler le premier langage, car c’est avec la peau que s’établit le premier contact avec le monde à la naissance : retourner à la source.

    Après son départ, je prends quelques minutes pour noter ces observations. Chaque séance est unique, chaque corps raconte une histoire différente. « Normal ! », me direz-vous, personne n’a les mêmes tensions musculaires. Je vous réponds que personne n’a le même ensemble de tensions psycho-corporelles. Si j’accepte comme massothérapeute qu’il y a plus que des muscles à prendre soin, si je m’ouvre, une autre dimension devient accessible. L’approche intuitive que j’ai développée au fil des années me permet d’entrer dans cette conversation silencieuse avec une présence totale.

    Je repense à ma formation initiale, où je m’accrochais tellement aux protocoles, aux techniques. Aujourd’hui, je comprends que la véritable maîtrise commence lorsque l’on accepte de lâcher prise, de faire confiance à cette intelligence des mains, à cette sagesse du toucher.

    Ce que je fais n’est pas seulement une technique, c’est une philosophie du toucher. Cette approche m’a appris que le corps ne ment jamais. Il raconte toujours sa vérité à qui sait l’écouter. Et parfois, pour vraiment écouter, il faut se taire et laisser parler ses mains.

  • Chronique juin 2025: Un corps sans âge, sans étiquette

    Une réflexion sur habiter son corps

    Un corps sans âge - Revuemajulie

    UN CORPS SANS ÂGE

    «An ageless body is one that gracefully moves through space. 
    It remains true to its wave nature with movements that are flowing and confident, not rigid and cautious. »

    Milton Trager m.d.

    Traduction : 
    « Un corps intemporel est celui qui se déplace avec grâce dans l’espace.
     
    Il reste fidèle à sa nature ondulante avec des mouvements fluides et confiants, non pas rigides et circonspects.
     »
    Milton Trager m.d.

    La vie est mouvement

    Le corps intemporel, un corps sans âge n’est pas celui qui défie les années, mais celui qui embrasse sa véritable nature : celle du mouvement perpétuel. Nous avons tendance à oublier que nous sommes des êtres de mouvement, conçus pour onduler, flotter, danser avec l’existence. Trop souvent, nous nous retrouvons prisonniers de schémas corporels rigides, façonnés par nos modes de vie sédentaires, nos expériences désagréables et nos habitudes restrictives qui se sont inscrites inconsciemment dans notre physique en réflexes de protection.

    Quand le mouvement devient calcul

    Cette rigidité n’est pas simplement physique ; elle reflète une approche mentale du mouvement. Nous développons une relation précautionneuse avec notre corps, le traitant comme une machine fragile qu’il faut protéger plutôt que comme un instrument naturel de l’expression de la vie. Cette attitude circonspecte se manifeste dans chacun de nos gestes : la façon dont nous nous levons le matin, dont nous marchons dans la rue, dont nous interagissons avec notre environnement. Nos mouvements deviennent calculés, mesurés, tout à l’opposé de leur spontanéité originelle.+

    L'enfant comme modèle

    Pourtant, il suffit d’observer un enfant pour comprendre ce qu’est véritablement le mouvement naturel. Les enfants ne « décident » pas de bouger – ils sont le mouvement. Leurs gestes sont fluides, spontanés, expression pure de leur élan vital. Ils n’analysent pas leurs mouvements, ne les jugent pas, ne les contraignent pas dans des schémas préétablis. Cette liberté de mouvement est notre état naturel, notre héritage oublié.

    La qualité de la présence

    Le corps sans âge est celui qui retrouve cette liberté primordiale. Ce n’est pas une question d’âge chronologique, mais de qualité de présence (1) tant de la part du thérapeute que de la personne qui reçoit.. Quand nous bougeons avec fluidité, nous transcendons le temps linéaire pour entrer dans un espace où chaque geste est une célébration de l’instant présent. Les mouvements fluides et confiants émergent d’une conscience corporelle éveillée, d’une écoute profonde de nos sensations.

    Le corps comme rivière

    Cette fluidité naturelle n’est pas un don réservé à quelques-uns, mais un potentiel inhérent à chaque être humain. Notre corps est naturellement ondulant, ces ondulations ont un impact thérapeutique, comme l’eau d’une rivière qui s’adapte à chaque contour sans perdre sa nature essentielle. Les tensions, les rigidités que nous accumulons sont comme des barrages qui entravent ce flux naturel. La voie de l’eau, voie de fluidité, est ouverte, les barrages peuvent être dissous, permettant au mouvement de retrouver sa liberté originelle.

    Retrouver la fluidité

    La question qui se pose alors est : comment retrouver cette fluidité naturelle ? Comment libérer notre corps des contraintes qui l’emprisonnent pour lui permettre de retrouver sa grâce innée ? C’est ici que les ondulations thérapeutiques du Trager®  apportent une réponse particulièrement pertinente. Cette méthode allie douceur et profondeur en utilisant des mouvements rythmiques et des bercements pour rappeler au corps sa nature ondulante fondamentale.

    Proposer plutôt qu'imposer

    Un massothérapeute en approche psycho-corporelle ne forcera pas le corps à changer, il l’invite plutôt à se souvenir. Il est un accompagnant qui propose des mouvements respectueux et des touchers attentifs (2). Il crée un dialogue avec le système nerveux, permettant au corps de relâcher ses tensions profondes et de redécouvrir sa capacité naturelle à se mouvoir avec aisance et grâce. Votre praticien œuvre dans un état semblable à la méditation, un état de réceptivité, de dialogue au-delà du mental (sujet d’une future chronique). Cette approche ne vise pas à « corriger » le corps, mais à l’accompagner dans un processus vers sa sagesse innée.

    Un voyage de retour 

    Ainsi, le corps intemporel est une possibilité bien réelle qui sommeille en chacun de nous. À travers des approches comme le Trager, ou encore le massage Momentum, nous pouvons entreprendre ce voyage de retour vers notre nature fluide et confiante, libérée des rigidités et des appréhensions qui entravent notre expression naturelle. (3)

    Louis-Michel, massothérapeute, pratique le Trager depuis 1997 et le Momentum depuis 2004.

    Références :

    • Revue Ma Julie, L’art de la présence, t. 7, vol. 11
    • Revue Ma Julie, L’art du toucher, t.7, vol. 6
    • Revue Ma Julie, Prisonnier de son corps,7, vol.7
  • Chronique mai 2025, Être présent

    Une réflexion sur l'impact d'être ici maintenant

    Lien pour l'article: L'art de la présence - Revuemajulie

     

    L’art de la présence

    The subtle shifting of weight on your feet

    will bring you into a state of nothingness.

    And this state of nothingness is everything.

    Milton Trager, m.d.

    Traduction libre : 
    Le subtil changement de poids sur vos pieds
    vous plongera dans un état de néant.
    Et cet état de néant est tout.

    La façon dont nous nous tenons, comment nous plaçons notre poids sur nos pieds facilite la connexion avec notre corps. En prenant conscience de ce changement subtil, nous pouvons nous ancrer dans le moment présent, créant ainsi un espace propice à la guérison. C’est un des principes des Mentastics®

    L’art de la présence

    Lorsque nous recevons un massage, il arrive que nous naviguions entre deux eaux, entre le tangible et l’intangible, entre le corps et l’esprit.
    Nous sommes souvent confrontés à notre corps chargé de tensions, de douleurs et de souffrances. Pourtant, au-delà de ces manifestations physiques, il existe un espace sacré, un état de néant, où tout est possible. Cet article vous invite à explorer comment la subtilité du changement de poids sur vos pieds peut ouvrir la porte à cet état de présence, essentiel dans notre pratique.

    Le poids de la présence

    Lorsque nous recevons un massage, un soin corporel, il est crucial de comprendre l’importance de la présence de la part de notre thérapeute. La présence ne se limite pas à être physiquement là ; elle implique une connexion profonde entre deux êtres. C’est un espace privilégié où, d’une façon plus concrète, le système nerveux pourra entrer en repos.

    Comme client, vous avez une responsabilité : avant de commencer la séance, prenez un instant pour vous centrer, être présent. Pensez à ce transfert de poids sur vos pieds. Cela peut sembler anodin, mais ce simple exercice vous amène à un état de calme intérieur. Ce calme est essentiel pour établir un lien authentique avec votre praticien et profiter d’un soin qui va au-delà de … En cultivant cette attention à votre propre corps, vous devenez un canal d’énergie, prêt à vous accueillir avec l’aide de votre thérapeute.

    Votre praticien Trager a lui aussi une responsabilité : celle de faire le vide pour être sincèrement à l’écoute de ce que ses mains vont percevoir. Cet état, nous l’appelons « Hook-Up » : « You can only pass on what you have developed in yourself! »  (Milton Trager). Vous ne pouvez transmettre que ce que vous avez développé en vous-même !

    L’état de néant : un présage de guérison

    Plonger dans cet état de néant n’est pas une fuite de la réalité, mais plutôt une immersion dans un espace de potentiel infini. Dans cet état, nous pouvons nous libérer des préoccupations, des attentes et des jugements qui nous empêchent souvent d’être pleinement présents. C’est ici que la magie opère. Les mouvements à la fois légers et précis, tellement simples que c’en est déroutant d’efficacité. En réponse à ce respect, les schémas de protection se dissipent, les tensions commencent à se dissoudre, non seulement dans le corps, mais aussi dans l’esprit. Milton Trager disait souvent que les tensions étaient maintenues dans la partie inconsciente de notre esprit ; je dirais accumulées, inscrites par différents traumas vécus tout au long de notre vie. (Et pourquoi donc les gens développent des raideurs en vieillissant, pensez-vous ?)

    En Trager, lorsque nous atteignons cet état de néant, nous ouvrons la voie à une expérience plus profonde. Les clients peuvent ressentir une libération émotionnelle, une prise de conscience de leur corps et une reconnexion avec leur essence. C’est cet état de connexion et de présence qui favorise une guérison authentique, alignant le corps et l’esprit dans un même mouvement.

    L’approche Trager : un pont vers l’éveil

    L’approche Trager, développée par Milton Trager, se concentre sur le mouvement et la conscience corporelle. Le but étant d’apporter des sensations agréables qui apaisent le système nerveux. Elle s’intègre parfaitement à cette exploration de l’état de néant et de présence. En Trager, nous apprenons à utiliser des mouvements doux et fluides pour aider nos clients à relâcher les tensions et à redécouvrir leur corps. Le corps a une intelligence propre et en l’écoutant, nous pouvons accéder à des niveaux de conscience plus profonds.

    There is no limit in the development of the mind
    as there is no limit to the feeling of the body.
    Milton Trager, m.d.

    Traduction libre :
    Il n’y a pas de limite au développement de l’esprit,

    tout comme il n’y a pas de limite aux sensations que le corps peut capter.

    En tant que massothérapeutes, intégrer les principes de Trager dans notre pratique peut enrichir notre capacité à créer cet état de néant. Les mouvements doux et les manipulations légères favorisent un relâchement profond, permettant à nos clients de se plonger dans cet espace de potentiel. En pratiquant une attention consciente à notre propre corps et à celui de notre client, nous devenons des facilitateurs ouvrant la voie à une transformation profonde.

    L’art de la présence

    En tant que massothérapeutes, notre rôle ne se limite pas à traiter des douleurs physiques, mais à accompagner nos clients vers un état de bien-être plus global. L’état de Hook-Up, semblable à un état méditatif, nous permet d’entrer en dialogue hors du mental avec le receveur. En cultivant une présence ancrée et en accueillant l’état de néant, nous pouvons nous transformer et améliorer à la fois notre vie et celle de nos clients. Il s’agit là d’un outil et c’est à nous de l’utiliser en pleine conscience.

    Rappelez-vous que le subtil changement de poids sur vos pieds peut être le premier pas vers un état de néant, un espace où la guérison peut véritablement commencer. En étant pleinement présents, nous offrons à nos clients bien plus qu’un soin corporel : nous leur offrons la possibilité de se reconnecter à leur essence et de découvrir le potentiel infini qui réside en eux.

    Pour vivre cette expérience, prenez rendez-vous:  438-862-0593

  • Chronique avril 2025: Muscles douloureux, c’est juste physique?

    Réflexion sur les muscles: sommes nous juste une collection de muscles ?

    Chers muscles douloureux – Revuemajulie

    Chers muscles douloureux

    Une révolution douce pour apaiser les tensions musculaires

    Allons droit au but : les tensions musculaires s’accumulent insidieusement jusqu’à former ces fameux nœuds douloureux que nombre d’entre nous connaissons trop bien. Face à cette problématique, diverses approches thérapeutiques proposent des solutions, souvent associées à l’idée qu’il faut « défaire » ces nœuds, parfois douloureusement. Et si une alternative plus douce existait pour détendre vos muscles douloureux ?

    Depuis quelques dizaines d’années, la perspective du massage et de la massothérapie a grandement évolué. Dans mon dernier article, je vous parlais du livre de Pascal Bruckner, Je souffre donc je suis, aux éditions Grasset. Dans son livre, l’auteur nous parle de cette tendance à valoriser la souffrance comme marqueur d’authenticité, voire d’efficacité. L’idée de « no pain no gain » (pas de douleur, pas de gain) est encore ancrée dans l’esprit de plusieurs, comme si un massage indolore ne pouvait être efficace. Y aurait-il un petit côté religieux dans tout cela, héritage de notre éducation ?

    Récemment, lors d’un webinaire, Tom Myers clarifiait la différence entre profond et dur. Le massothérapeute peut travailler très profondément en étant léger, mais précis, dans les mouvements alors que travailler « dur » (rough) sera douloureux. Tom Ockler disait : « le maximum de précision, le minimum de force ».

    Imaginez pouvoir libérer vos tensions, vos muscles douloureux sans cette appréhension de la douleur, sans vous faire « rentrer dedans », comme on l’entend communément. Il y a une approche thérapeutique encore méconnue du grand public, qui opère selon un principe fondamentalement différent des techniques manuelles conventionnelles.

    Le Trager, de son côté, se distingue par des mouvements, des bercements qui dans un premier temps vont améliorer la mobilité. Ces mouvements sont à la fois faciles à recevoir et aisés à dispenser pour le thérapeute. De plus, il agit sur le système nerveux plutôt que sur les muscles eux-mêmes. Cette subtilité fait toute la différence. En effet, nos tensions musculaires sont souvent le résultat de signaux nerveux persistants, vestiges de mécanismes de protection que notre corps a mis en place face à un stress, un traumatisme ou une posture contraignante répétée.

    Au lieu de s’attaquer frontalement au symptôme – le muscle douloureux – nous visons à remonter à la source : le dialogue entre le système nerveux et les muscles. Par des mouvements délicats, rythmiques et non invasifs, le Trager parvient à contourner intelligemment les réflexes de protection qui maintiennent la tension. L’idée est d’envoyer des signaux de légèreté, d’aisance à la partie non consciente, au système nerveux.

    L’état d’esprit du thérapeute constitue un élément essentiel de la méthode. Ancré dans une présence attentive, il développe une écoute fine des réactions du corps, créant un espace de confiance où le système nerveux peut progressivement abandonner ses mécanismes de défense. Cette rétroaction permanente entre le praticien et le patient permet d’ajuster les mouvements avec une précision intuitive remarquable.

    La première chose que la plupart des gens mentionnent après une séance de Trager, est la sensation de légèreté (1). Les séances se caractérisent par cette douceur paradoxalement efficace. Aucune force n’est exercée pour briser les noeuds du corps. Au contraire, le thérapeute guide les mouvements naturels, les amplifie délicatement, un peu comme l’automobiliste calé dans la neige bercera son véhicule faisant en sorte de repousser graduellement la limite du banc de neige pour s’en dégager. L’idée est de suggérer au système nerveux qu’il peut relâcher, accédant à de nouvelles possibilités de détente. C’est cette communication silencieuse qui permet de calmer progressivement les signaux d’alerte envoyés aux muscles.

    Les effets sont souvent surprenants. Là où certaines techniques génèrent un soulagement immédiat suivi d’un retour rapide des tensions, le Trager semble induire des changements plus profonds et durables. Les patients décrivent fréquemment une sensation de légèreté inhabituelle, comme si le corps redécouvrait sa mobilité naturelle après avoir longtemps porté une armure invisible. (2)

    Au-delà de l’aspect purement physique, cette approche touche également à la dimension psycho-physique, ce qui définit bien son champ d’action. Nos contractions musculaires chroniques sont souvent les gardiens silencieux d’émotions non exprimées, de stress accumulé ou de traumatismes anciens. Par son approche respectueuse, cette approche apprivoise ces mécanismes de protection.

    Cette méthode nous invite également à repenser notre rapport au massage. Dans une société valorisant souvent l’action directe et immédiate, elle nous rappelle que la douceur et le respect des rythmes naturels du corps peuvent s’avérer plus efficaces que l’intervention forcée, voire douloureuse. Elle incarne cette sagesse de l’eau selon laquelle la voie de moindre résistance peut parfois nous mener plus loin que l’affrontement direct.

    Le Trager nous propose une solution : parfois, pour résoudre un problème profondément ancré, il s’agit de créer les conditions propices pour que le corps retrouve, de lui-même, son équilibre naturel. Ce qui va aussi dans le sens de « Positional release » de Leon Chaitow, aux éditions Churchill Livingstone.

  • Chronique février 2025: Un corps sans âge

    Un corps sans âge

    « An ageless body is one that gracefully moves through space.
    It remains true to its wave nature with movements that are flowing and confident, not rigid and cautious. »
    (Milton Trager)

    « Un corps intemporel est celui qui se déplace avec grâce dans l’espace.
    Il reste fidèle à sa nature ondulante avec des mouvements fluides et confiants, non pas rigides et circonspects. »

    (Milton Trager m.d.)

    Le vie est mouvement

              Le corps intemporel, un corps sans âge n’est pas celui qui défie les années, mais celui qui embrasse sa véritable nature : celle du mouvement perpétuel. Nous avons tendance à oublier que nous sommes des êtres de mouvement, conçus pour onduler, flotter, danser avec l’existence. Trop souvent, nous nous retrouvons prisonniers de schémas corporels rigides, façonnés par nos modes de vie sédentaires, nos expériences désagréables et nos habitudes restrictives qui se sont inscrits inconsciemment dans notre physique en réflexes de protection.

              Cette rigidité n’est pas simplement physique ; elle reflète une approche mentale du mouvement. Nous développons une relation précautionneuse avec notre corps, le traitant comme une machine fragile qu’il faut protéger plutôt que comme un instrument naturel de l’expression de la vie. Cette attitude circonspecte se manifeste dans chacun de nos gestes : la façon dont nous nous levons le matin, dont nous marchons dans la rue, dont nous interagissons avec notre environnement. Nos mouvements deviennent calculés, mesurés, tout à l’opposé de leur spontanéité originelle.

              Pourtant, il suffit d’observer un enfant pour comprendre ce qu’est véritablement le mouvement naturel. Les enfants ne « décident » pas de bouger – ils sont le mouvement. Leurs gestes sont fluides, spontanés, expression pure de leur élan vital. Ils n’analysent pas leurs mouvements, ne les jugent pas, ne les contraignent pas dans des schémas préétablis. Cette liberté de mouvement est notre état naturel, notre héritage oublié.

              Le corps sans âge est celui qui retrouve cette liberté primordiale. Ce n’est pas une question d’âge chronologique, mais de qualité de présence (1) tant de la part du thérapeute que de la personne qui reçoit.. Quand nous bougeons avec fluidité, nous transcendons le temps linéaire pour entrer dans un espace où chaque geste est une célébration de l’instant présent. Les mouvements fluides et confiants émergent d’une conscience corporelle éveillée, d’une écoute profonde de nos sensations.

              Cette fluidité naturelle n’est pas un don réservé à quelques-uns, mais un potentiel inhérent à chaque être humain. Notre corps est naturellement ondulant, ces ondulations ont un impact thérapeutique, comme l’eau d’une rivière qui s’adapte à chaque contour sans perdre sa nature essentielle. Les tensions, les rigidités que nous accumulons sont comme des barrages qui entravent ce flux naturel. La voie de l’eau, voie de fluidité est ouverte, les barrages peuvent être dissous, permettant au mouvement de retrouver sa liberté originelle.

              La question qui se pose alors est : comment retrouver cette fluidité naturelle ? Comment libérer notre corps des contraintes qui l’emprisonnent pour lui permettre de retrouver sa grâce innée ? C’est ici que les ondulations thérapeutiques du Trager®  apportent une réponse particulièrement pertinente. Cette méthode allie douceur et profondeur en utilisant des mouvements rythmiques et des bercements pour rappeler au corps sa nature ondulante fondamentale.

              Un massothérapeute en approche psycho-corporelle ne forcera pas le corps à changer, il l’invite plutôt à se souvenir. Il est un accompagnant qui propose des mouvements respectueux et des touchers attentifs (2). Il crée un dialogue avec le système nerveux, permettant au corps de relâcher ses tensions profondes et de redécouvrir sa capacité naturelle à se mouvoir avec aisance et grâce. Votre praticien œuvre dans un état semblable à la méditation, un état de réceptivité, de dialogue au-delà du mental (sujet d’une future chronique). Cette approche ne vise pas à « corriger » le corps mais à l’accompagner dans un processus vers sa sagesse innée.

              Ainsi, le corps intemporel est une possibilité bien réelle qui sommeille en chacun de nous. À travers des approches comme le Trager, ou encore le massage momentum, nous pouvons entreprendre ce voyage de retour vers notre nature fluide et confiante, libérée des rigidités et des appréhensions qui entravent notre expression naturelle. (3)

    Louis-Michel est massothérapeute, praticien Trager depuis 1997 et praticien Momentum depuis 2004.
    Son approche toute en écoute fera de votre session un moment privilégié.

    • Revue Ma Julie, L’art de la présence, t. 7, vol. 11
    • Revue Ma Julie, L’art du toucher, t.7, vol. 6
    • Revue Ma Julie, Prisonnier de son corps t.7, vol.7
  • Chronique décembre 2024: L’Art du toucher

    L’art du toucher
     «  It’s the way I touch, not the technique,
     that is important.
      » 
    Milton Trager M.D.
    Traduction :
    « « Ce n'est pas la technique qui compte, c'est la manière de toucher. » » 

              Dans un monde où la performance et la technique sont souvent placées sur un piédestal, il est essentiel de se rappeler que la véritable essence du toucher réside dans quelque chose de plus profond et de plus subtil : la qualité de la présence. Cette philosophie nous invite à repenser notre approche du soin et du contact humain.

                                                                                                                           La sensibilité avant la technique
             La technique forme certes le socle sur lequel nous construisons notre expertise. Cependant, la maîtrise technique seule ne suffit pas à créer une connexion authentique avec la personne que nous accompagnons. C’est la sensibilité, l’intention et la présence dans notre toucher qui font la différence.

                                                                                                                                L’intelligence des mains
             Nos mains possèdent une intelligence propre, une capacité innée à percevoir et à communiquer. Cette intelligence tactile se développe à travers l’expérience, mais elle ne peut s’épanouir que lorsque nous lui accordons notre attention consciente. C’est dans la qualité de notre présence que se révèle notre véritable expertise.

                                                                                                                            La conscience du toucher
             Développer son toucher requiert une approche différente de l’apprentissage rationnel. Il ne s’agit pas seulement d’accumuler des connaissances ou de perfectionner des gestes, mais de cultiver une sensibilité accrue, une présence attentive dans chaque contact, une écoute intérieure profonde et une observation fine des sensations.

                                                                                                                      L’impact sur le corps et l’esprit
             Un toucher conscient et observateur peut avoir des effets profonds sur le système nerveux, l’état émotionnel, la conscience corporelle, le sentiment de sécurité et de confiance.

                                                                                                  Une illustration concrète : l’approche Trager®
             L’approche développée par le Dr Milton Trager illustre parfaitement cette philosophie du toucher. Elle nous montre comment la légèreté et la présence peuvent être plus efficaces que la force et la technique. Au cœur de cette approche se trouve le concept de  » Hook Up « , un état de présence méditative que le praticien cultive avant et pendant la séance.
     

                                                                                                                           Les principes du Trager
             Cette approche se caractérise par des mouvements respectueux et rythmiques, une absence totale de force ou de contrainte, une écoute profonde des tissus, une invitation aux mouvements plutôt qu’une direction ou une imposition.

                                                                                                      L’art de la non-action (L’impact du rien)
             Le Trager nous enseigne paradoxalement l’art de la non-action, où le praticien apprend à être présent sans faire, toucher sans manipuler, accompagner sans diriger, ressentir sans juger, en fait devenir observateur neutre à l’écoute.

                                                                                                        Les Mentastics® : l’intégration par le mouvement
             Les Mentastics, partie intégrante de l’approche Trager, sont des mouvements qui permettent d’intégrer cette qualité de présence dans le quotidien. Ils nous invitent à  explorer la légèreté dans le mouvement, cultiver la présence à soi, ce qui se reflète dans la présence à l’autre, développer une nouvelle relation au corps.

              L’exemple de l’approche Trager nous confirme que l’excellence dans l’art du toucher ne réside pas uniquement dans la perfection technique, mais dans notre capacité à être présent, à l’écoute, et à toucher avec une conscience éveillée et bienveillante. Cette approche nous rappelle que la puissance du toucher thérapeutique se trouve dans la qualité de la présence et du contact.

              En cultivant cette dimension plus subtile de notre pratique, nous ouvrons la voie à une forme de soin plus profonde et plus respectueuse du corps et de son intelligence innée. C’est dans cette alliance entre technique maîtrisée et présence consciente que se trouve le véritable art du toucher.

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